Wheke est son nom. C’est aussi un monstre marin, un calmar géant. A lire des romans ou à écouter les mythologies, on pourrait avoir tendance à croire que ces animaux relèvent de la cryptozoologie et n’existent pas.
Dans les pays scandinaves, ces monstres sont décrits par les traditions orales. La mythologie marine nordique fait référence à un animal énorme doté de nombreux tentacules et qui pouvait faire couler des bateaux, le kraken. D’ailleurs, en 2003, au cinéma, le kraken intervient à deux reprises dans les films de Gore Verbinsky appartenant à la saga « Pirates des Caraïbes ».
Mais ils existent bel et bien. Depuis le 19ème siècle, quittant le domaine mystique ou légendaire, des spécimens ont été "officiellement" observés. Architeuthis ou Mesonychoteuthis, de leur petit nom calmar géant et calmar colossal, sont les petits amis dont il est question ici.
La première description scientifique d’un Architeuthis date de 1857, et fut effectuée par un danois. Cette sympathique bestiole peut mesurer environ 20 m de long.
C’est de manière assez effrayante que Jules Verne s’inspire d’ailleurs de ces observations en faisant apparaître de tels monstres marins géants dotés de tentacules dans le roman fantastique «
Vingt mille lieues sous les mers » quelques années plus tard, en 1869. Au chapitre 18, partie 2, les hommes d’équipage se racontent des légendes concernant ces monstres marins :
« Non seulement on a prétendu que ces poulpes pouvaient entraîner des navires, mais un certain Olaus Magnus parle d'un céphalopode, long d'un mille, qui ressemblait plutôt à une île qu'à un
animal. On raconte aussi que l'évêque de Nidros dressa un jour un autel sur un rocher immense. Sa messe finie, le rocher se mit en marche et retourna à la mer. Le rocher était un poulpe ».
Mais ils citent aussi une observation scientifique :
« En 1861, dans le nord-est de Ténériffe, à peu près par la latitude où nous sommes en ce moment, l'équipage de l'aviso l'Alecton aperçut un monstrueux calmar qui nageait dans ses eaux. Le
commandant Bouguer s'approcha de l'animal, et il l'attaqua à coups de harpon et à coups de fusil, sans grand succès, car balles et harpons traversaient ces chairs molles comme une gelée sans
consistance. Après plusieurs tentatives infructueuses, l'équipage parvint à passer un nœud coulant autour du corps du mollusque. Ce nœud glissa jusqu'aux nageoires caudales et s'y arrêta. On
essaya alors de haler le monstre à bord, mais son poids était si considérable qu'il se sépara de sa queue sous la traction de la corde, et, privé de cet ornement, il disparut sous les eaux.
»
Cette conversation se déroule juste avant l’attaque que subit le Nautilus :
« Devant mes yeux s'agitait un monstre horrible, digne de figurer dans les légendes tératologiques. C'était un calmar de dimensions colossales, ayant huit mètres de longueur. Il marchait à
reculons avec une extrême vélocité dans la direction du Nautilus. Il regardait de ses énormes yeux fixes à teintes glauques. Ses huit bras, ou plutôt ses huit pieds, implantés sur sa tête, qui
ont valu à ces animaux le nom de céphalopodes, avaient un développement double de son corps et se tordaient comme la chevelure des furies ».
Depuis d’autres spécimens ont été observés. Mais ce n’est que récemment, en 2005, que pour la première fois un calmar géant vivant de 8 mètres de long a été filmé à 800 mètres de profondeur dans le Pacifique Nord (au large des îles Ogasawara, à une dizaine de kilomètres de l'île de Chichijima), par une équipe de scientifiques japonais conduite par Tsunemi Kubodera, du Museum National des Sciences de Tokyo, et Kyoichi Mori, de l'Association d'Observation des Baleines Ogasawara (1).
Le premier spécimen de calmar colossal a, quant à lui, été capturé en 2007 par des pêcheurs de Nouvelle Zélande en mer de Ross près de l'Antarctique (2). L’animal pesait 450 kg.
D’autres sont observés car ils échouent sur des plages, tel ce spécimen de 7 mètres de long retrouvé sur une plage californienne en juin 2008 (3) .
Certains spécimens, issus d’échouage ou attrapés en mer sont conservés dans des musées dans de l’alcool ou du formol. C’est ainsi qu’en mars 2008, un article de science.gouv.fr (4) annonce l’« arrivée de Wheke (prononcez Ouéké) à la Grande Galerie de l’Evolution […] au Muséum National d’Histoire Naturelle, par l’intermédiaire de Steve O’Shea, spécialistes des calmars géants en Nouvelle-Zélande et de Renata Boucher, spécialiste des céphalopodes en France ».
Celui-ci a la particularité de ne pas être présenté dans de l’alcool ou du formol, mais bel et bien à nu, grâce à la technique de plastination mise en œuvre pour la première fois pour ce type d’animal (visible en photo ici).
Ces monstres ont, depuis Jules Verne, nourri l’imagination d’autres auteurs ; ainsi JRR Tolkien, en 1954, dans le premier tome de sa trilogie fantasy « Le seigneur des anneaux » fait
également intervenir un monstre tentaculaire aux portes de la Moria qui attaque la communauté : « Hors de l’eau avait rampé un long tentacule sinueux ; il était vert pâle, lumineux et humide.
L’extrémité munie de doigts avait saisi le pied de Frodon et l’entraînait dans l’eau. ». Les tentacules participent alors nettement à inspirer la peur et l’horreur comme ici avec Tolkien : «
Vingt autres bras sortirent, onduleux. L’eau noire bouillonna, et une horrible puanteur s’éleva. » ; ou encore dans « La Guerre des Mondes » de H.G. Wells (1898) où un tentacule
métallique investigateur de la Machine à Main terrorise le héros : « […] un long tentacule métallique qui serpenta par le trou en tâtant lentement les objets […] se tortillant et se
tournant dans tous les sens, avec des mouvements étranges et brusques ».
Exploitant de manière plus approfondie le thème du monstre marin, en 1926, Howard Phillips Lovecraft rédige « L’appel de Cthulhu ». Le mythe de Cthulhu développé par la suite autour de
cette nouvelle et des prises de notes laissées par Lovecraft fait ainsi référence à une créature verte monstrueuse et tentaculaire, Cthulhu. C’est un Dieu ancien, et selon le mythe, il aurait été
banni d’un système astral lointain (Xoth) par d’autres Dieux. Le monstre vert reposerait au fond de l’Océan Pacifique, dans la cité de R’lyeh. Il est décrit dans la nouvelle à partir d’une statue
« un monstre à la silhouette vaguement anthropoïde, avec une tête de pieuvre dont la face n’aurait été qu’une masse de tentacules, un corps écailleux, une grande élasticité, semblait-il, des
griffes prodigieuses aux pattes postérieures et antérieures, de longues et étroites ailes dans le dos ». Des adeptes du Dieu lui vouent un culte maléfique basé sur des sacrifices humains, et
ils attendent le réveil de Cthulhu. Dans les nouvelles liées au mythe, les personnes exposées à ce culte et au livre s’y rattachant (le Necronomicon) sont alors souvent en proie à la folie.
Mais ce ne sont pas les seuls monstres étranges que Lovecraft a imaginés… On peut toujours se faire un peu peur en songeant au fait qu’il est reconnu que certaines espèces animales vivant dans
les profondeurs abyssales n’ont pas encore été découvertes.
(2) http://fr.mongabay.com/news/2007/0222-squid.html
(3) http://www.rhedae-magazine.com/Un-calmar-geant-decouvert-au-large-de-la-cote-de-la-Californie_a220.html
(4) http://www.science.gouv.fr/index.php?qcms=article,view,2817,archives,159,4
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