Une beigne en magie blanche - Partie 2
Invitée : Mouty
Un viel homme, visiblement un puissant mage, perçoit des signes qui l'incitent à partir à la recherche d'un enfant...
Le mage pointa le doigt dans la direction de l'enfant et celui-ci sursauta. Puis il tendit une bourse pleine de pièces d'or au père ahuri et dit :
- Il vient avec moi.
Sans broncher, sur un regard de son père associé à un mouvement de tête l'incitant à se lever, le gamin suivit le mage. Ils traversèrent forêts et landes sans échanger une parole.
Enfin de retour dans la clairière où se dressait sa chaumière, le viel homme prononça quelques mots dans une langue ancienne en poussant la porte. Le gamin ne réagit même pas quand un feu vif
s'alluma spontannément dans la vaste cheminée. Il ne semblait pas voir combien le lieu dans lequel il entrait était atypique, avec ses fioles contenant divers produits secs ou liquides glauques
et les lourds grimoires trônant sur des tables massives.
Un gros chat noir miaula, le fixant de ses yeux jaunes. Lui aussi semblait inquiet.
- Deshabille toi et lave toi, ordonna le viel homme.
Un bassine d'eau tiède était posée au centre de la pièce. Mais le gamin resta là, les bras ballants. Le mage soupira, leva les yeux vers le ciel et ses divinités inaccessibles, et entreprit de
lui enlever ses vêtements, puis de le camper dans la bassine. Devant tant de crasse, il murmura un petit sort anodin, et le gamin dut subir le frottement énergétique d'une éponge rugueuse. Un
second murmure erradiqua les poux et, tant qu'à faire, lui tondit les cheveux à ras.
Vétu de propre le gamin avait meilleur aspect, mais il était toujours aussi inerte.
- Maintenant, passons au choses sérieuses. Voyons ce que l'on peut faire de toi... Comme réfléchissant à voix haute, il entreprit de faire le tour de la pièce du regard, s'arretant sur certains
grimoires, certains flaçons. Et enfin, il sembla arrêter un choix.
- Nettoie le sol ! lui dit-il en lui tendant un balai. Désormais, tu es mon apprenti.
Hésitant, le gamin prit le balai, tourna et retourna le manche entre ses mains, le fixant comme un objet inconnu.
Le mage réfléchit un instant et prononça un nouveau sort destiné à réveiller une personne endormie. Il en essaya un autre ravivant la circulation sanguine, lui fit boire une potion destinée à
stimuler le cerveau... il lui montra même comment utiliser le balai. Rien n'y fit.
Le gamin restait toujours aussi apathique. Il finit par hausser le ton en lui secouant le bras :
- Allez, balaie ! Depêche toi !
Enfin, le gamin s'anima, d'abord lentement puis plus énergiquement. Le balai tanguait à droite, à gauche, cognait bruyamment les murs, les objets posés sur la table cliquetaient à chaque choc.
Le mage finit par s'exaspérer. Qu'allait-il faire ? Etait-il possible que ce gamin idiot, maldroit et muet fût celui que les signes avaient désigné, celui auquel il devait transmettre ses
connaissances ? Toute sa science et sa magie seraient-elles suffisantes ?
Il sursauta. Dans un grand facas de verre et de terre cuite, un grande cornue, deux mortiers et leur pilon venaient de se briser au sol.
C'en était trop. Etre magicien ne signifie pas forcément être patient, à chacun ses défauts. Casser du matériel rare et précieux était inadmissible. Et un vieux mage comme lui, ayant de plus
toujours vécu en célibataire, tolère encore moins ce genre de dérangement. Une giffle partit, une belle beigne, directement reçue en plein sur la joue de l'apprenti.
Regrettant déjà son geste impulsif, le mage vit avec stupeur la trace de ses doigts se dessiner sur le visage du gamin qui soudain se mit à baver. Comme hébété, le gamain secouait la tête dans
tous les sens et clignait les paupières. Soudain, une lueur insepérée s'alluma dans son regard qui se fit plus vif, inspectant chaque recoin de la pièce, détaillant le vieil homme.
- Aïe, mais c'est que ça m'a fait mal !
La voix était claire, assurée, presque amusée. C'était ce qu'on appelle se faire remettre les idées en place.
- Et bien, Merlin, remettons nous au travail. Tu as beaucoup à apprendre, et pas seulement à balayer.