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InTheBlob

ce truc est mon blog.. qui l'eut cru!
il contient :
- des trucs et des n'importe-quoi dans la catégorie En Folie,
- des photos et des dessins dans In Plano
- des articles de lecture dans les différents In Folio
- des amusements littéraires dans In Quarto
- des articles sur la musique dans In Octavo
- des recettes de cuisine dans In Douze (parce que midi, c'est l'heure !)
- des articles de cinéma dans In Seize (Neuvième)
- des articles de science et de fiction dans In Dix-Huit (parce que c'est le format suivant)

Voilà, vous êtes prévenus.

Inthepast

2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 07:14

Dans le cadre du feuilleton collaboratif :

"Ceux d'en bas"

Dixième épisode


(Pour lire le reste, les épisodes d'avant et d'après, c'est ici !)

 


Une fois son sentiment de panique estompé, Rongi réalisa qu’il n’avait pris aucun repère au cours de ses déplacements. Il avait suivi Daisy un peu comme un automate. Et il ne savait pas non plus quel itinéraire il venait d’emprunter en courant pour chercher de l’aide.

Essayant de retourner en arrière, en peu de temps il ne put que conclure qu’il était perdu. Le désespoir, telle une ombre noire, l’envahit alors. Il avait failli à sa mission de protection, il s’était enfui avec les provisions. Elle était quelque part, seule, blessée, sans nourriture…

*** 

Débouchant sur une première intersection à quatre branches, un sourire naquit sur les lèvres de Messidor. Elle avait constaté bien vite qu’Intergure la devançait de peu. Il avait dû partir tout de suite après son départ, mais elle n’avait pas perdu trop de temps en surface. Il suffisait de s’arrêter et de tendre l’oreille pour le localiser, il faisait un raffut assez impressionnant. Elle l’entendait patauger, le son provenait du boyau de droite. Elle fit une encoche pour indiquer son itinéraire aux renforts,. Et pour elle-même se repérer si elle devait revenir sur ses pas, elle en fit une un peu différente, plus discrète, au niveau du tunnel dont elle arrivait. Elle s’engagea avec de grandes enjambées félines dans la direction des bruits.

***

Daisy avait refermé les yeux à leur approche. La femme posa une main sur son front et murmura une phrase dont Daisy ne perçu que les mots « fièvre » et « réveiller ». Puis elle sombra à nouveau dans la torpeur.

*** 

Rongi se releva enfin, et reprit son errance. Il s’était souvenu avoir marché au sec et des inscriptions au mur. Il fallait qu’il retrouve Daisy, pour la communauté, il le devait.

***

Messidor sentait qu’elle se rapprochait de plus en plus d’Intergure. L’écho de ses pas dans l’eau était de plus en plus proche.

Elle ne tarda pas à l’entendre, tout près, à droite dans cet embranchement auquel elle venait de parvenir. Les pas se rapprochaient, il revenait sur ses pas. Messidor se cacha dans l’ombre.

*** 

Daisy reprit de nouveau connaissance. Combien de temps plus tard ? Elle ne le savait pas. Elle cligna des yeux. La femme était encore là, l’homme armé aussi, dans l’encadrement de la porte ouverte. Daisy voulut bouger, et la femme s’approcha. Daisy tenta d’articuler « Où suis-je ? »

Comme pour répondre à la question muette à peine esquissée par ses lèvres, la femme expliqua brièvement qu’une patrouille d’inspection l’avait retrouvée devant la porte après qu’une alarme se soit déclenchée. On la soignait pour le coup qu’elle avait pris sur la tête et la brûlure sur sa poitrine.

Daisy jeta alors un regard inquiet vers l’homme et articula : « Pourquoi arme ? ». La femme la regarda durement et dit : « Il y a des mouvements importants en surface et en sous-sol. Malgré cette marque que vous avez là, nous ne pouvons pas vous faire confiance. On se protège. »

Daisy ouvrit de grands yeux, s’efforça de chasser la brume de son esprit pour raisonner. S’ils disaient vrai à propos du fait que cette marque pourrait être un gage de confiance pour eux, c’était sûrement vers eux que la guidait la voix. Elle fit un gros effort pour prononcer « Pope mort ». La femme tournait alors le dos à Daisy, l’empêchant de voir ses réactions, mais le garde cilla à l’évocation de Pope. Elle s’enhardit « Mon peuple. Poursuivi. Perdu dans galeries. »

Pendant qu’elle parlait, la femme avait préparé une seringue, et la piqua en disant : « Vous avez besoin de dormir. Tant que nous ne sommes sûrs de rien, nous serons plus tranquilles de vous savoir inconsciente. »

Pendant qu’elle sombrait, Daisy entendit encore : « Je m’appelle Danie, on va les retrouver. » Puis s’éloignant, elle jeta : « Explorez les galeries, activez les systèmes de surveillance ».

***

Messidor surveilla l’approche d’Intergure. Il parlait tout seul, pestant que c’était encore un cul-de-sac, que Jounga n’aurait qu’à s’occuper lui-même de Messidor. Soudain il se tut alors qu’il était tout près de l’embranchement.

Messidor tressaillit à l’évocation du nom de Jounga. C’est lui qui lui avait ordonné de faire semblant de ne rien savoir sur la Collection, et aussi d’éliminer Intergure. Intergure avait reçu la même consigne la concernant. Tous deux venaient du dessous, enfants trouvés lors d’une rafle. Et si on se servait d’eux ?

Pendant le silence qui sembla durer des heures, elle entendit distinctement, tout proche, un début de sanglot, vite étouffé par un chut discret et quelques gargouillis aquatiques. Des gens se cachaient, là, vers la gauche.

Intergure avait forcément entendu lui aussi. Il allait s’approcher. Messidor devait décider rapidement, entre éliminer Intergure ou lui faire savoir qu’ils avaient été dupés tous les deux.

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 07:08

Dans le cadre du feuilleton collaboratif :

"Ceux d'en bas"

huitième épisode


(Pour lire le reste, les épisodes d'avant et d'après, c'est ici !)

 

Daisy leva un regard de supplication vers Viv.

- Mais comment m’assurer que vous retrouverez Jim et les autres ? Comment être certaine que vous réussirez à échapper à ceux qui ont tué Verox ? J’ai eu une prémonition de mort cette nuit.

- Ne t’occupe pas de nous. C’est toi qui comptes et toi seule. Nous sommes solides, nous sommes armés. Maximilien, même s’il était rarement du même avis que Pope, fait partie lui aussi du Conseil des Anciens, et il connaît bien des choses sur ces galeries. Pas autant que Pope, mais assez pour faire tourner en bourrique nos poursuivants. Nous retrouverons Jim aussi. Nous allons nous débrouiller, calme-toi. Suis l’intuition qui est en toi, et va.

Viv se retourna, fouillant des yeux la pénombre. Elle appela :

- Rongi, tu es costaud, tu porteras des provisions et la protégeras. Va, mon neveu, va avec elle. Tu en es responsable, et gare à toi s’il lui arrive du mal !

Daisy soupira tandis qu’il s’approchait. Rongi, ils s’étaient toujours bien entendus. Un peu plus âgé qu’elle, mais pas beaucoup plus. Mais il se montrait parfois un peu simple. Coté muscle et loyauté, par contre, Daisy devait reconnaître que Viv avait fait le bon choix.

Ils se mirent tous les deux en route, non sans que Daisy ait une fois de plus lancé plusieurs appels pour localiser Jim. Daisy se retourna au bout de quelques pas et regarda Viv faire une brève prière avant de se mettre à regrouper des affaires éparses et aller s’occuper de ceux qui étaient encore au sol. Le groupe était en de bonnes mains.

S’éloignant dans un boyau latéral que lui indiquait son intuition, elle pesta intérieurement contre Ceux d’en Haut qui avaient percé la citerne de réserve d’eau pour les noyer dans leur fuite. De l’eau potable, leur plus grande richesse, une réserve qui avait nécessité tant de temps et d’efforts pour la constituer…

***

Intergure leva un regard triomphant vers Messidor. En surface, ils avaient attendu le message confirmant l’envoi des renforts. Il venait enfin d’arriver.

Il approcha sa main du levier du sas. A cet instant, il eut l’impression que le sol tremblait légèrement. Mais Messidor ne sembla pas s’en rendre compte. Il se passa la main sur le visage, ce n’était pas le bon moment pour avoir les jambes ou les nerfs qui flanchent.

- Mais qu’attends-tu ? lança Messidor.

Intergure tourna le levier sans lui répondre. Il sembla brièvement lui résister, mais se libéra sans qu’il ait besoin de beaucoup forcer. Ces vieilles mécaniques…

Il ouvrit alors le panneau pour se retrouver noyé dans un grand nuage de poussière. Toussant, il se retourna vers Messidor :

- Qu’est-ce que c’est que ce truc ?? Tu as un masque respiratoire ?

- Va savoir. Oui, j’ai un masque.

- Attendons quelques minutes que ça se dissipe. As-tu de l’éclairage ?

Son regard lançait des éclairs, mais elle contint sa voix quand elle répondit tout en sortant du matériel de sa combinaison et de son sac.

- Bien entendu que j’ai des lampes à dynamo ! J’en ai pris quand tu m’as annoncé avoir si brillamment capturé Un d’en bas qui semblait assez naïf pour faire confiance au premier venu.

Flatté, Intergure se rengorgea. Il prit l’une des lampes que lui tendait Messidor et commença à tourner la poignée.

- Nos chefs nous féliciteront pour ça ! En plus d’avoir trouvé une entrée, nous avons tué le descendant mâle d’un gardien du savoir. Cette lignée est éteinte, le livre de la Collection n’a pas d’héritier, le savoir est perdu pour eux.

- Ce Pope n’était pas aussi malin qu’on le raconte, s’il n’a pas su instruire son héritier avant de disparaître. En plus, il semble avoir gobé tout ce qui était écrit dans les livres de la cellule de captivité. Bon, descendons maintenant, ma lampe est chargée, la tienne aussi.

Ils descendirent, à l’aveugle, des échelons. Plusieurs mètres plus bas, ils posèrent pied sur un tas de gravats. Leur lampe leur permit de découvrir alors un spectacle d’apocalypse. La pièce avait été dévastée, et l’issue obstruée.

- Il devait y avoir un système de sécurité, quand j’ai touché le sas, le sol a tremblé. Comment allons-nous retrouver le livre si tout est effondré ?

- Là-bas regarde !

Une sorte de courant d’air semblait repousser la poussière, l’issue n’était pas totalement obstruée, l’air circulait près du plafond. Avec leurs mains, ils débarrassèrent un boyau dans lequel ils purent se faufiler.

Ils constatèrent alors que toutes les cellules du sous-sol de ce qui ressemblait à une vieille usine avaient été abandonnées peu avant leur arrivée. Et en plus, tous les boyaux quittant les lieux avaient été obstrués. Pendant qu’ils erraient en fouillant sommairement, ils furent rejoints par les renforts composés d’une dizaine d’hommes et de femmes, ce qui leur permit de remonter en surface se reposer.

***

Intergure se releva soudain de l’ombre où il s’était installé, de l’autre coté du pan de mur sur lequel était collé une affiche représentant une jeune fille. Il avait ressenti une nouvelle vibration dans le sol. Or, il savait l’équipe qui venait d’arriver dépourvue d’explosifs. Il se précipita de l’autre coté du mur et ne put qu’observer, impuissant, une nouvelle gerbe de poussière sortir brutalement. Il réveilla Messidor et l’entraîna à sa suite dans le sous-sol.

Se guidant à tâtons dans la poussière, ils retrouvèrent le boyau pour quitter la pièce éboulée. Un mètre d’eau avait envahi tout le sous-sol. Ils pataugèrent dans les allées et de cellule en cellule, tandis que le niveau baissait, en dénombrant les morts. Ils pestèrent contre Ceux d’en bas qui avaient piégé leur citerne pour inonder leurs habitations après leur départ. De l’eau, ils avaient gâché tant d’eau…

Mais la vague avait également déblayé l’une des issues qui était obstruée... et Messidor sembla entendre des cris, au loin, dans ce tunnel.

Il leur restait deux solutions. Ils pouvaient continuer à rechercher le livre de la Collection ici, et appeler des renforts. Ils pouvaient également se lancer tous les deux à la poursuite du groupe qui avait fui à leur arrivée, en supposant qu’ils avaient emporté le livre avec eux.


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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 07:10

Le coin de l'invité :

Le grand Faucheur en détails par Shi May Mouty



Hiiiiii ! Crrriiiii. Ça couinait, ça grinçait, encore et encore.
Il en avait mal aux oreilles. Déficit d’amortisseurs, diagnostiqua-t-il. Probablement que marteaux, enclumes et étriers s’entrechoquaient.
Ça ne pouvait plus continuer ainsi.
Il soupira. Ce n’était pas une vie d’endurer ces ennuis interminables. C’étaient certainement toutes les secousses endurées par son corps et transmises à ses osselets qui lui causaient cette douleur insupportable.
Pour une fois, il décida de prendre un peu de temps pour lui. Le temps de faire un examen général avant de se mettre en route pour son labeur.
Il se tâta le menton, fit claquer ses mâchoires. Chaque dent occupait bien sa place habituelle, il n’en manquait pas une, leur alignement était parfait. Il en était assez fier.
Il se palpa les côtes. En haut, ça pouvait aller. L’accrochage au sternum et aux vertèbres était très costaud. Par contre la souplesse et la mobilité n’étaient pas exemplaires, mais ça ne le gênait pas vraiment. En bas, les fameuses côtes flottantes le tracassaient davantage. Les pans de sa grande houppelande noire s’y accrochaient. De plus, elles ne lui servaient à rien, à moins d’y fixer diverses fanfreluches, rubans, dentelles, pompons, mais ce n’était pas son genre, ça ne cadrait pas avec ses obligations quotidiennes. Il aurait pu y mettre des médailles ou toute une brochette de décorations aussi lourdes que brillantes à la façon des officiers de certaines armées. Mais il préférait la discrétion, la sobriété, voire l’austérité.
Puis il caressa son crâne. Il avait un faible pour cette belle surface polie, couleur ivoire, si douce sous la main. S’il avait pu, il aurait souri de satisfaction.
La contrariété revint cependant quand il pensa à ses genoux. Les rotules semblaient constamment sur le point de se détacher. C’est comme pour les doigts et les orteils, se dit-il, qu’y a-t-il de plus fragile que des phalanges ? Avez-vous déjà regardé un petit orteil ? Trois petits os ridicules mis bout à bout. Comment faire pour ne pas perdre des morceaux ?
Il se pencha pour les regarder brièvement et vérifier la présence de tous ces éléments instables. Puis il fit quelques flexions sans noter de difficulté particulière. Mais le mouvement déclencha quelques grincements. Encore un problème d’huile.
Il allait devoir tout huiler de nouveau. Et cette fois, il lui faudrait choisir une huile de qualité supérieure, plus fluide, plus onctueuse, qui se glisserait parfaitement dans les espaces les plus ténus des articulations. Et surtout, une huile plus stable, faite pour durer, durer, durer…
Celle qu’il avait utilisée jusqu’alors s’était dégradée trop vite, se mêlant aux poussières, voire aux toiles d’araignée, formant une boue grenue, une vraie toile émeri.
Il s’appuya sur sa faux,  le prolongement de son corps, l’outil indispensable pour accomplir son éternelle tâche dans un mouvement ample, souple et élégant, infiniment et inévitablement recommencé. La lame courbe immense brillait sous la lumière blanche de la lune. Il passa son index sur le fil ; très bon tranchant, songea-t-il, jamais elle ne m’a fait défaut, elle, au moins. C’était parfait. Il pouvait maintenant partir à son travail. Hiiiiiii ! Crrrrriiiiiiii !

***
en réponse à cet appel tranchant des Fanes de carottes.
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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 07:20

Derrière mon loup


No man's land entre deux tranchées dans une guerre sans nom. Il y a des cadavres, des trous, des excroissances. Il y a de la fumée qui s'élève par endroits, de la chair à vif, des mutilations, des douleurs, et au milieu, des cris, des pleurs et des râles d'agonie.
Les trilles roses du temps des rires se sont recroquevillées sous un voile noir. Deuil d'une époque qui s'achève dans une boucherie mentale. Désormais, des larmes de sang roulent sur la joue et éclaboussent le papier.
Où sont les nerfs survivants? Des pensées, des envies s'élancent à l'assaut. Des peurs, des doutes, les repoussent dans un sanglot étouffé. Ma tête est un no man's land...
Dans l'ovale de mon cerveau souffle le blizzard et mes pensées sont gelées. Mon esprit y est comme un loup noir errant dans les steppes, décharné, abandonné par sa meute, et s'en allant mourir seul.
Mon visage est masqué d'un loup doublé sur le verso de taffetas noir cachant la nuit qui règne en moi ; blanc à l’extérieur pour paraitre inchangé face au monde.

(réalisé pour les fanes de carottes)
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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 07:18

Faux-semblant


Ma chérie, puisque tu me juges sur les apparences, je vais te montrer qui je suis.
Alors qu’elle le dévorait de ses grands yeux bleus, sa main, dans un grand geste théâtral, s’approcha de son visage. Et brutalement, sous sa mâchoire, ses ongles se plantèrent dans la chair.
Une goutte écarlate perla sur ses doigts. D’un geste brusque, il se mit à nu. Seul un rictus sur ses lèvres dépulpées trahissait combien il lui était douloureux de se montrer à elle ainsi, sans masque, sans faux-semblant.
Veux-tu voir aussi la pureté de mon cœur ? dit-il en approchant la main de sa poitrine.

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 07:57
Texte créé pour les fanes de carottes, le blogzine de (science) fiction :

Mourir écrasé

 

C’est un touriste apparemment comme un autre, confortablement installé dans un avion, attendant le décollage.
Depuis une semaine, il est en vacances. Des vacances que lui a imposées son patron après vingt ans de service dans son entreprise. Vingt ans à être tellement occupé et passionné par son travail qu’il n’avait jamais pris les congés auxquels il avait droit. Vingt ans où il n’avait jamais été absent, même pour maladie. 
Au fond, il les a méritées, ces vacances, mais ce repos l’angoisse.

 

Les deux premiers jours, il s’est occupé comme il l’aurait fait en week-end : un peu de ménage, des courses, un courte promenade…
Ensuite, tellement peu habitué à rester chez lui, il a commencé à s’ennuyer.
Le quatrième jour, il a songé qu’il pourrait peut être aller voir ses parents. Mais il a vite abandonné cette idée, se disant qu’il s’y ennuierait autant que chez lui.
Finalement après de mûres réflexions, il a décidé de partir en voyage, a alors préparé sa valise, et une fois à l’aéroport, a pris un billet pour le premier avion en partance.

 

C’est là, une fois à bord, qu’il s’est mis à stresser et à angoisser.
Il pense à ses poissons qu’il a confiés en dernière minute aux soins de son voisin qui est tellement étourdi qu’il va probablement oublier de s’en occuper. Et une fois de retour, il risque de ne pas retrouver un seul de ses poissons vivants.
Puis il se demande soudain s’il a pensé à couper l’eau, le gaz et l’électricité.
Plus que tout, rester là, assis avec cette ceinture qui lui comprime le ventre, à ne rien faire, le rend très mal à l’aise. Un coup d’œil au hublot lui confirme que l’avion n’a pas encore bougé de l’aéroport. Il sait par expérience que cette sensation qui l’habite en cet instant, la sensation d’avoir l’estomac oppressé, n’est rien comparé à la torsion qui va verrouiller ce même estomac au moment du décollage.

 

Soudain, un frisson parcourt son échine. Il réalise que, dans sa précipitation, il a oublié de prendre son porte-bonheur. Quand on s’appelle M. Luck comme lui, ce genre de chose, inconsciemment, rassure.
Il essaye de chasser cette idée mais l’anxiété monte, quand il regarde son billet et le prospectus qui lui a été donné avec. Le nom de la compagnie aérienne lui est totalement inconnu.
Il réalise qu’étrangement le billet n’indique pas à quel aéroport il doit atterrir. Voilà ce que c’est de prendre un billet pour le premier avion disponible. Il se souvient du regard surpris, suivi d’un sourire amusé de l’hôtesse au guichet. Elle avait de beaux yeux bleus. Il soupire. S’il avait été plus jeune, et surtout s’il avait été moins empoté… Mais il sait combien il a un air repoussant; et il est resté célibataire faute d’accepter qu’on puisse s’intéresser à lui. Et ces lunettes à double foyer qui lui déforment le haut du visage au point que même lorsqu’il a les yeux fermés, on peut croire qu’ils sont ouverts…

 

Ses démons reviennent le hanter. Ses pensées se réorientent alors vers son voyage. Il se dit qu’il ne sait absolument pas où il va et que, dans ce là-bas inconnu, aucun hôtel ne lui est réservé. Rien à voir avec ses voyages d’affaire où tout est préparé comme sur du papier à musique.
Cette compagnie doit être une compagnie fantôme, à bas coût et de faible renommée.
Cette fois la peur a gagné. Peur de mourir écrasé et carbonisé dans le crash de l’avion. Il décide de descendre. Mais, au même instant, une hôtesse annonce que l’avion va décoller. Et en effet, il le sent se mettre en mouvement. Rouler, rouler, avancer sur la piste. Son estomac se creuse.
Il essaye de repousser cette pensée. De toute façon, il a choisi de partir à l’aventure. Pour une fois, dans sa vie, tant pis s’il doit passer par toutes ces frayeurs.

 

Pour oublier tout ça, il met un casque sur ses oreilles pour écouter de la musique très fort, se couper du monde, oublier qu’il est assis dans un avion, surtout oublier l’hypothèse d’un crash. Il s’efforce de penser à des choses plus clémentes, des choses passionnantes, son travail, ses collègues. Il n’y a que dans ce domaine que sa vie n’est pas une suite de ratés. Il réalise à peine que l’avion quitte le sol. Il est 13h, ses collègues reprennent le travail après leur pause déjeuner. Il n’écoute pas les annonces au micro. Ils doivent tous parler de lui, l’envier pour ces longues vacances. Il s’imagine assis à son bureau, à gérer un problème urgent avec toute l’expérience et le savoir-faire qu’il a acquis depuis des années.

 

Il faisait un temps agréable à Algus, cité marchande et principal centre économique d’Alsiméda. Ekoriblonim Elka7 était en train de rentrer tranquillement à son domihome dans son écobulle transaérienne. Tout en se déplaçant, il rêvait d’un voyage dans un pays lointain et exotique. Il faisait si bon qu’il décida d’évaporer la paroi de l’écobulle.
Cela fit s’envoler un épik qui s’était nonchalamment posé sur cet habitacle douillet et légèrement chaud. Pris par surprise, il battit une fois de trop des ailes. Ce mouvement souleva alors quelques grains de poussière, qui, par le triste principe de l’arroseur arrosé, vinrent chatouiller le naseau d’Ekoriblonim Elka7. Il éternua.

 

M. Luck n’entendit pas crier quand se matérialisa subitement un élétame dans l’habitacle. Il sembla léviter quelques secondes. Secondes suffisantes pour causer un mouvement de panique chez quelques passagers. Puis la force de gravité reprit ses droits et l’élétame, de tout son poids magnifique vint aplatir comme une crêpe sur M. Luck et ses deux voisins immédiats.

 

Ni l’élétame, ni M. Luck n’eurent bien le temps de saisir ce qui leur arrivait. Le premier, loin de sa brousse originelle d’Egalion, se retrouva soudain au milieu d’une foule hurlante, et ressentit une vive douleur en chutant sur des objets de géométrie peu conforme à son environnement habituel. L’autre enfin cessa véritablement d’être stressé par son voyage.

 

Sur Algus, Ekoriblonim Elka7 se gratta le naseau, pestant contre le fait qu’il devait travailler, ce sans quoi il n’aurait pas à faire ces trajets dans l’air pollué de la ville. En effet, contrairement à tous les membres de sa famille (une haute lignée), lui, Ekoriblonim Elka7, n’était pas un Elu. Pour sa plus grande honte, ceci ne s’étant pas produit depuis des générations et des générations, un membre de la Grande Famille Elka ne possédait ni pouvoir magique, ni divinatoire.

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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 07:12

Texte créé pour les fanes de carottes, le blogzine de (science) fiction :


L'heure du conte


Il était une fois un conte de Noël. Il avait été prononcé pour la première fois par un vieil homme, un émigrant d’origine slave, il y a bien longtemps.
Un soir au coin du feu, il avait entrepris de raconter des souvenirs de son pays à ses petits enfants. Le conte était alors apparu dans sa bouche, teinté de la magie de son pays, avec ses paysages enneigés et ses nuits limpides. Le sentant couler naturellement entre ses lèvres, il avait continué, avec minutie, de l’ouvrager. Comme pour une broderie, il avait tissé des liens si forts, si prégnants que, de bouche à oreilles, le conte s’était lentement répandu. D’abord dans la famille. Puis, au fil des répétitions, des générations, des migrations, le conte avait franchi les frontières et les années.
Mais les coutumes se perdent. Le conte a besoin que l’on prenne le temps. Celui de se rencontrer autour d’une flambée. Celui de le raconter. Celui de l’écouter. Or, les mots de la tradition sont sans force face aux paroles animées de la modernité. La consommation hâtive des images du petit écran a remplacé lors des soirées familiales la contemplation paisible du pétillement des flammes. C’est ainsi que s’évanouissent à petit feu les descriptions vivantes des ancêtres et des instants à la valeur inestimable.
Le conte subsistait cependant encore dans la mémoire de quelques anciens, un peu déformé par le temps. Mais, les années passant, il se sentait faiblir au fur et à mesure que ses dépositaires disparaissaient. Le lieu exact de son action s’était perdu avec un nonagénaire angevin. Le nom du personnage principal s’était éteint suite à une bronchite... L’une de ses dernières traces était dans les souvenirs fragiles d’une personne atteinte d’Alzheimer. Il lui restait un maigre, très maigre espoir, de plus en plus maigre...
Le conte avait besoin de la mémoire vivante de ces gens pour subsister, de la chaleur de leurs souvenirs, des yeux qui brillent à l’évocation de l’un ou l’autre détail le composant, de bouches palpitantes d’émotion pour les raconter et d’oreilles attentives pour gober les mots et les enfouir dans les mémoires… Le reste n’était que du vent.

Dans un vieux grenier, un cahier recouvert de poussière était là, lui, depuis des années.
Méconnu.
Un vieux cahier d’écolier recouvert de l’écriture malhabile d’un enfant de dix ans à l’époque… Cet artefact du passé était encore bien conservé et le resterait, du moins tant que le toit ne fuirait pas, tant que les souris ou les mites ne le dévoreraient pas, tant que l’encre résisterait aux lavages des ans...
Mais l’écrit, s’il n’est pas lu, s’il ne s’infiltre pas dans les mémoires et l’imaginaire de celui qui l’entend ou le lit… l’écrit n’est rien pour le conte. Juste une mémoire virtuelle, une boîte, un bel écrin sans âme. Et, sincèrement, qui viendrait fouiller dans tout ce fourbi ? Qui remarquerait ce petit cahier, semblable à tous les autres cahiers ? Qui se salirait les mains à feuilleter ce tas de poussières ?

Un jour... un jour pourtant... l’un des petits enfants de la maisonnée fit le grand ménage dans le grenier. A peine regardées, à peine touchées, les nombreuses caisses de livres et de papiers changèrent de main. Nouveau stockage. Nouvelle couche de poussière.

Puis ces caisses furent à nouveau déplacées. Le cahier se trouva entreposé avec d'autres documents dans un salon. Le conte, s’il avait été conscient de tous ces mouvements, se serait senti revivre à la perspective d’être lu en famille dans ce lieux douillet, qui, ô comble du bonheur, possédait un feu à l’âtre. En ce 24 décembre, le sapin en plastique était en place, légèrement saupoudré de fausse neige, décoré de boules et de guirlandes multicolores. Dans la cuisine, on entendait des bruits de casseroles, des voix, des éclats de rire. Échappant à l’attention de leurs parents, deux enfants courraient de pièce en pièce, frôlant parfois la caisse...
Le début du repas approchant, une bûche fut placée dans l’âtre pour réchauffer le salon et les cœurs. Et quelques papiers, les pages d’un petit cahier d’écolier, furent soigneusement placés pour en démarrer la combustion.

Une allumette craqua et s’approcha fébrilement du papier qui céda rapidement sous la flammèche. Par la magie de l’instant, les mots placés sur les feuilles furent rongées, millimètre par millimètre, par les flammes respectueuses de cet artefact du passé. Les mots se dispersèrent en volutes multicolores et inspirèrent des craquements d’aise à la bûche de bois. La fumée indisciplinée se répandit légèrement dans la maison et s’en alla contaminer les maisons voisines, le quartier, puis la ville entière... Ce fut une merveilleuse flambée, aux effets euphorisants et oniriques. Tout le monde se mit à vivre dans le même rêve, happé par l’univers fantasmagorique du conte. Un pur instant d’allégresse partagée, hors de la réalité. Et lentement tout s’estompa alors que les dernières pages se dispersaient en cendres légères. Hallucination collective diraient certains, improbable transmission suggèreraient d’autres...

Mais le conte, lui, sait... Renaissant de ses cendres, il avait gagné une seconde vie.

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 07:50

Texte créé pour les fanes de carottes, le blogzine de (science) fiction :


Le musée du O


   « Tout le monde a-t-il bien mis son casque ? Vous avez votre lampe de poche, votre trousse de premier secours, vos rations de survie ? »

   Il n’est pas rare que des visiteurs soient venus sans se renseigner. Nous sommes alors obligés de leur refuser l’entrée.

   « Bon, nous pouvons commencer la visite du musée. Suivez-moi. »

   Je conduis le petit groupe devant la porte qui mène à une grande salle obscure.

   « Dans cette première salle, je vous laisse libres d’aller et venir comme bon vous semble. Vous pouvez regarder les photographies, observer les échantillons présentés tout en lisant les panneaux explicatifs. »

   Toujours le même laïus répété de nombreuses fois déjà, trop peut-être. Tout en ouvrant la porte pour les faire entrer, je continue:

   « N’hésitez pas à me poser des questions grâce au micro-casque que nous vous avons installé. Je vous attends dans le sas situé derrière la petite porte à l’autre extrémité de la pièce, près de l’alcôve du gruyère. Quand vous m’aurez rejoint, dans maximum vingt minutes (synchronisez vos montres à mon top – 16h28 - 4, 3, 2, 1, top !), nous passerons à la suite de la visite qui est plus interactive, rassurez-vous. »

   Dans cette visite à frissons, ce début si classique et rébarbatif déçoit souvent : pièces de tissus mangées aux mites ou brûlées par une cigarette, taupinière reconstituée, photo-satellite de la couche d’ozone entourant la planète, colorisée, diffusée sur un écran et réactualisée toutes les minutes. Si nous voulons garder à ce lieu le nom de musée, nous devons conserver cet aspect culturel et pédagogique. Par politesse, ils regardent et lisent les affiches.

   Une fois tous entrés, je referme la porte et emprunte un couloir annexe qui me conduit vers le sas en question. Par le système vidéo, je les regarde déambuler. C’est le panneau des serrures qui souvent fascine le plus les gens. C’est assez étrange cette attirance.

   Quelques lampes sont prudemment allumées, mais moins que d’habitude. Nombreux sont ceux qui se déplacent sans cette aide, allant d’une alcôve faiblement éclairée à l’autre, certains à grandes enjambées, d’autres à petits pas, le nez en l’air ou scrutant le sol. Après, tout est question de chance et de probabilité dans cette salle.

   Cette fois, je n’ai cependant pas de question. Je les sens plus fébriles que d’habitude. Il faut dire que c’est la première séance de la première journée de visite incluant notre nouvelle pièce unique… pour l’instant secrète. Mais il va leur falloir attendre un peu. J’ai l’impression que tous ceux là sont déjà venus. Trop bien équipés dès le départ, ils se sont préparés à tout.

   Comme chaque fois, les vingt minutes écoulées, il me manque au moins un visiteur à la sortie de la salle. Ça fait toujours un peu d’esclandre quand le disparu est venu en couple ou avec des amis. C’est pire quand c’est un enfant, mais quelle idée d’amener des enfants dans ce musée ? Si encore ils pensaient à s’encorder… Mais avec ce public averti, tout se passe bien, aucun commentaire n’est fait à propos du visiteur manquant.

   Dans le sas, je leur explique la suite :

   « Dans cette pièce, il ne s’agit plus seulement de lire et regarder, mais également de participer. N’hésitez pas à me poser des questions grâce au micro-casque. Je vous attends dans le sas situé derrière la porte à l’autre extrémité du couloir dans une heure. Je vous laisse entrer. »

   Et encore une fois, j’ouvre la porte, les laisse s’engager, referme et passe par l’autre couloir pour rejoindre le deuxième sas.

   Le couloir s’ouvre sur plusieurs petites pièces comportant chacune une ou deux attractions. Les visiteurs aiment bien utiliser le composteur, avant d’entrer dans le simulateur d’avion naviguant en pleine tempête.

   Celle avec les deux artistes qui s’insultent, l’un en langue d’oc l’autre en langue d’oïl, est assez pathétique. Par sécurité, nous avons été obligés de les séparer, mais il arrive encore de voir s’envoler une plume d’oie à la pointe effilée à travers la pièce. Là encore, il y a eu des accidents, c’est pour ça, entre autres, que nous conseillons de porter un casque. Si ça ne tenait qu’à nous, nous leur imposerions aussi une armure… Mais il n’est pas bon pour notre image d’effrayer trop les visiteurs, et surtout, ça finirait par les surcharger. Nous limitons l’approvisionnement des poètes à une plume d’oie par jour et nous interdisons aux visiteurs de leur donner un stylo ou un crayon. Nous ne leur fournissons pas non plus de quoi les tailler. Le temps qu’ils passent à la frotter est autant de temps en moins de chamaillerie. Mais malgré tout, la plume de l’un ou de l’autre finit toujours pas voler, assassine, à travers leur local.

   La pièce la plus impressionnante selon moi est celle de la faille spatiale. Elle ouvre un point de vue sur la Dent de Crolles à Grenoble et son célèbre Trou du Glas. Les novices croient parfois qu’il s’agit juste d’une image holographique et essayent de toucher, et il arrive qu’ils s’avancent un peu trop.

   Là encore, souvent des visiteurs manquent à l’appel au bout du couloir... Asphyxies, trépanations et chutes vertigineuses ne sont pas rares. Mais aujourd’hui, les voilà tous bien présents. Agités et fébriles à l’idée qu’ils sont enfin arrivés au dernier sas, celui qui conduit à la nouvelle attraction.

   Je les fais s’aligner le long du mur, ils devront entrer un par un dans la pièce attenante et ouvrir une porte. Je suis juste là pour m’assurer qu’ils n’entrent pas à plusieurs, je dois écouter et après avoir entendu cinq bips je peux laisser passer le suivant. Je ne sais pas avec certitude ce qu’il se passe là-bas derrière. Je sais seulement que des physiciens ont participé à la conception de cette nouvelle pièce du musée. Des entreprises spécialisées dans les basses pressions, la cryogénie et le vide ont été appelées en renfort des équipes construisant le nouveau bâtiment.

   Parmi les guides, on discute un peu. L’un de nous avait une théorie assez effrayante, mais du jour au lendemain il n’est plus venu travailler.

   Je songe de plus en plus sérieusement à me ranger. Outre le danger lié à certains phénomènes aléatoires, je commence à avoir des soucis de mémoire.



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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 08:22

Princesse et petits pois

Episode 6


C’était un visage parfaitement normal, et beau, beau, beau à en tomber par terre. Il remarqua à peine dans cette pénombre qu’elle avait le nez un peu rougi par une irritation liée à une sinusite. Ca lui donnait un petit coté charmant…


Des étoiles dans les yeux, il la lâcha pour lui déclarer sa flamme immédiatement.


Elle le repoussa alors, lui disant qu’elle était hideuse, qu’il devait cesser de se moquer d’elle. Elle était vraiment très hideuse, car sinon pourquoi ses parents l’auraient-ils gardée hors de vue des gens durant toutes ces années. Elle savait très bien qu’elle ne vivrait jamais le bonheur de vivre une belle histoire comme sa mère en avait eu une et comme elle lui en avait raconté tant d’autres. Elle savait que jamais aucun bel homme ne viendrait la demander comme son père l’avait fait avec sa mère. Elle savait tout ça trop bien.


Et c’est dans les sanglots que se perdit sa dernière phrase, tandis que l’on entendait plus loin les parents qui tentaient de sortir de leur chambre.


Faisant abstraction de sa probable mort prochaine dès que le père aurait réussi à passer la porte, il raconta à la jeune fille combien elle était belle, combien elle l’avait conquis. Mais rien à faire, elle ne cessait de répéter qu’il mentait.


Soudain, en grimaçant, elle porta vivement ses mains à son nez, et éternua fortement. C’est une poignée de petits pois qu’elle obtint alors dans ses mains. Petits pois, que dans un geste tout naturel, elle alla déposer ensuite quelques mètres plus loin dans une coupe posée près de son lit.


Il la regarda légèrement éberlué pendant quelques secondes puis l’embrassa. Ne vous avais-je pas dit qu’il était un prince intelligent ? Il était prêt à la garder, elle, sa beauté, et même avec des petits pois sortant du nez à chaque éternuement.


C’est ainsi que, la porte étant bien solide, les parents ne purent intervenir assez vite pour empêcher le prince d’expliquer à la belle qu’il était fort rare de voir des gens éternuer des petits pois et que ses parents avaient voulu protéger cette rareté contre la bêtise humaine. Elle n’était en rien laide, il pouvait en témoigner.


Quand ils arrivèrent enfin, ce fut pour trouver la jeune fille pleurant sur l’épaule de son prince, conquise à son tour par la douceur de ce beau jeune homme. Le prince déclina alors ses titres et demanda la main de leur fille « même avec les petits pois ».


Quelques jours plus tard, ils se marièrent, mais le prince dût accepter à son tour de rester enfermé dans le château.


Mais il ne tarda pas à découvrir que le père avait un passage secret pour se rendre au village, et jouer son rôle de pilier de taverne pour décourager les prétendants. Il l’accompagna parfois, pour argumenter avec lui auprès des plus entêtés. Il faisait alors semblant de revenir d’une de ses tournées pour vendre des bibelots, et passaient une ou deux nuits dans son ancien logis avant de repartir.


S’ils eurent des enfants, beaux ou non, s’ils vivent encore, nous ne le savons pas, mais il se raconte parfois à la taverne qu’une jeune fille attend derrière ces murs un courageux chevalier…




FIN

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 08:20

Princesse et petits pois

Episode 5

A force de gentilles attentions et paroles amicales autour d’un verre avec divers habitants du village, le jeune homme finit, mine de rien, par en savoir assez sur le château pour s’y déplacer sans se perdre. Il avait même une indication sur la probable position de la chambre de la jeune fille.


Il allait devoir se munir de sucreries pour amadouer les deux chiens qui gardaient le château ; et à la faveur de la nuit il devrait pouvoir, au prix de quelques acrobaties le long du mur se prêtant le mieux à une escalade discrète, atteindre un toit et entrer par un grenier.


Ainsi qu’il l’avait prévu, il réussit à grimper par une nuit sans lune jusqu’au toit. Relever quelques tuiles pour entrer dans le grenier lui causa néanmoins bien du tracas, car il ne voulait pas faire de bruit et les tuiles n’étaient pas très coopératives. Il finit par repérer une lucarne dont il put forcer le loquet. Elle donnait sur la cour, ce qui rendit sa tâche périlleuse, mais c’est alors que les sucreries lui furent d’un grand secours pour éviter des aboiements accusateurs.


Arrivé à ce stade, le soleil ne devant pas tarder à se lever, il jugea plus prudent de ne pas bouger de la journée. En plus des provisions de bouche qu’il avait apportées, il put déguster de belles tranches de jambon fumé, le hasard l’ayant mené dans le grenier où étaient entreposés des dizaines de jambons suspendus au plafond. Il se reposa, sous une toile de jute qui se trouvait là, dans un recoin sombre. Ainsi, même si le grenier était visité, on ne le verrait pas.


La nuit revenue, il se remémora le plan du château qu’il avait pu imaginer à partir des récits des habitants et explora le château jusqu’à trouver les chambres.


S’assurant que les parents étaient bel et bien dans la chambre où il s’attendait à les trouver, il referma doucement la porte et la coinça. Puis, avec précaution, il ouvrit la porte de la chambre de la jeune fille… qu’il trouva vide. Enfin, qu’il crut vide pendant un instant, car il y avait un signe de présence humaine : une bougie brûlait.


Il n’eut pas beaucoup de temps pour s’appesantir et réfléchir à la présence de cette bougie. Il fut vite obligé de reporter son attention ailleurs quand une chose se précipita sur lui, et l’agrippa brutalement, en essayant de le faire tomber.


Il lui fut facile de bloquer, chacun avec une main, les poignets de la furie. Il s’agissait bien d’une fille, deux bras, deux jambes, une tête, de longs cheveux blonds. Elle s’agitait cependant toujours assez pour lui donner de nombreux coups de ses pieds nus dans les tibias (des caresses pour lui – mais elle devait se faire mal aux orteils), et trop pour qu’il puisse distinguer son visage.


Les paroles douces ne la calmèrent pas ; il lui fallu en arriver à la douleur en serrant un peu plus fort ses poignets pour qu’elle s’arrête de le frapper. Il continua de lui parler pour la tranquilliser, lui répétant qu’il ne lui ferait pas de mal.


Enfin elle releva la tête et cessa ses coups. Toujours en la maintenant, d’une seule main maintenant pour bloquer les deux poignets au dessus de la tête de la fille, il écarta, de sa main libre, les cheveux ébouriffés qui masquaient son visage.


à suivre...

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