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InTheBlob

ce truc est mon blog.. qui l'eut cru!
il contient :
- des trucs et des n'importe-quoi dans la catégorie En Folie,
- des photos et des dessins dans In Plano
- des articles de lecture dans les différents In Folio
- des amusements littéraires dans In Quarto
- des articles sur la musique dans In Octavo
- des recettes de cuisine dans In Douze (parce que midi, c'est l'heure !)
- des articles de cinéma dans In Seize (Neuvième)
- des articles de science et de fiction dans In Dix-Huit (parce que c'est le format suivant)

Voilà, vous êtes prévenus.

Inthepast

14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 07:18

InQuarto

CoinInvité

Déprime à la mine

Par Shi May Mouty

 

 

- Quel froid ici. J’ai hâte de sortir, de voir le soleil.

- Arrêtes de rouspéter, j’en ai marre.

- Et toi ? pourquoi tu rigoles ?

- Allons, allons, du calme, travaillons, nous sommes en retard sur le planning.

- Travailler, toujours travailler. Quelle vie !

Un éternuement se fit entendre.

- Chantons pour nous donner du courage.

La barbe en bataille, le bonnet bien enfoncé, chantant à tue-tête, ils reprirent leur labeur. Pioche en main, ils cognaient énergétiquement sur la roche, détachant de gros blocs sombres.

L’un d’eux, calant ses bésicles sur son nez rond, inspectait et triais les roches. A la maigre lueur de la lampe à huile, un amas étincelait d’un éclat doré : de l’or.

Depuis des siècles ils exploitaient ce filon et avaient accumulé des richesses considérables, dissimulées dans de sombres cavernes secrètes.

 

S’ils travaillaient ainsi, sans prendre de jour de congés ni de RTT, c’était pour oublier le départ de leur muse, partie avec un bellâtre. Il était bien trop grand, bien trop beau, bien trop blond et son cheval bien trop blanc. Ils ne pouvaient pas effacer de leur esprit la vision de ces deux êtres amoureux, partant au crépuscule, enlacés, chevauchant un fier cheval blanc.

Vraiment, Blanche-Neige leur manquait trop. Depuis ce jour, ils étaient moroses, s’ennuyaient et se laissaient même aller. Leur maisonnette, malgré les remontrances de Prof, n’était plus entretenue correctement.

Grincheux était insupportable, grognant sans arrêt contre tous et tout. Joyeux partait se cacher au grenier tous les soirs pour pleurer. Simplet ne parlait plus de peur que l’on se moquât de lui.

Dormeur déprimait et ne faisait plus son lit. Fini l’édredon secoué tous les matins avant de se recoucher, fini les légères plumes blanches qui s’envolaient par la fenêtre. Il ne sortait plus du tout de son lit. Timide mettait ses mains devant ses yeux en permanence, ainsi il ne voyait plus rien ni personne et se croyait seul. Ainsi incapables de travailler, les nains avaient été contraints de les laisser à la chaumière.

A l’inverse, Atchoum, de plus en plus allergiques aux pollens de la forêt éternuant tellement qu’ils avaient jugé préférable qu’il reste dans la mine. Il n’en sortait qu’en hiver.

 

La journée de travail se terminant, ils se dirigèrent vers une galerie étroite de la mine. L’entrée de ce boyau était dissimulé derrière des blocs rocheux. Ils cheminèrent rapidement, en silence. Ils débouchèrent dans une vaste grotte d’où émanait une étrange lueur blafarde. Ils prirent des corbeilles tressées en écorce de saule et se penchèrent vers de grands plateaux. On pouvait voir sur ceux-ci se dresser des champignons blancs et grêles. Ils en cueillirent délicatement les chapeaux à la chair parfumées. Délaissèrent les pieds, plus fibreux.

Ce faisant, un sourire se dessina sur leurs lèvres. Même Grincheux sembla se détendre. Ils s’assirent en cercle et chacun avala l’un des chapeau qu’ils venaient de ramasser. Poussant des soupirs de satisfaction, ils attendirent en bavardant. Puis la béatitude envahit leur visage. Leurs yeux brillaient. Joyeux avait retrouvé son grand sourire des jours heureux. Dans ce caveau, des flash lumineux éclataient sur les cloisons, leurs neurones grésillaient et ils laissaient échapper des petits gloussements de rire.

Ils se mirent à chanter des mélodies venues de leurs ancêtres, des ballades qui accompagnaient autrefois les grandes festivités réunissant tous les nains de la région et même parfois d’autres venant de contrées lointaines. Ils chantaient faux, mais avec un bel enthousiasme.

Puis ils se levèrent et commencèrent à danser en tapant dans les mains, frappant le sol de leurs sabots, se donnant de grandes claques bruyantes sur les cuisses. Ils se prirent la main et tournèrent dans des rondes sautillantes.

Puis peu à peu, ils s’apaisèrent. Atchoum éternua. Grincheux râla contre Joyeux qui avait voulu le chatouiller. Prof donna l’ordre de rentrer à la maison. Il dut même le répéter à Simplet qui n’avait pas compris.

Ils quittèrent la grotte, suivant les sombres galeries. Souhaitèrent bonne nuit à Atchoum en le laissant près de son lit de camp. Puis ils regagnèrent la surface, et enfin leur maisonnette.

Prof partit à la recherche de Timide, caché dans un placard, puis organisa la soupe.

Plus tard, au moment de s’endormir, ils chuchotèrent :

- On s’est bien amusé.

- As tu vus quand Blanche-Neige et le Prince sont venus nous rejoindre pour la ronde des mineurs ?

- Je les ai vu à la ronde des bucherons, moi !

- Comme ils dansaient bien !

- Comme elle était belle !

- Comme il est toujours aussi désespérément beau…

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 07:14

InQuarto

CoinInvité

Re-création

par Shi May Mouty

 

Ils se déplaçaient silencieusement dans la Grande Bibliothèque. Ils chuchotaient.

« - Il est encore furieux ?

- Oui, que s’est il passé ?

- Toujours la même chose. Ils ont encore rasé des hectares et des hectares de forêt en Amazonie et pollué plusieurs cours d’eau.

- Et la faune ?

- Dévastée également.

- Quel cauchemar ! Je comprends mieux. Les hommes ne commettent que des atrocités. Ils détruisent tout, conçoivent des armes toujours plus meurtrières. Ils sont cupides, vaniteux, envieux… mauvais pour tout dire.

- C’est vrai, nous n’avons que des ennuis avec eux. »

Il soupira.

« - Il avait songé, un moment à une solution radicale, tu te souviens ?

- La collision avec une grosse météorite ?

- Oui…

- Très efficace contre les dinosaures, remarque.

- Oui, je me souviens des conséquences que ça a eu. Il avait alors fallu favoriser une nouvelle espèce, ces petits mammifères… Donner la petite impulsion pour créer les humains quand le moment a été favorable… et voilà maintenant ce qu’ils sont devenus…

- Et ?

- Il y a renoncé. Il préfère ne plus se soucier de la Terre et de l’Humanité. Il ne veut plus en entendre parler, qu’elle survive ou non à sa propre folie.

- C’est irrévocable ?

- Je le crains… chuuut, Il arrive. »

Il apparut alors dans un froissement de tissu et commença à donner des ordres :

« - J’ai un projet pour offrir une nouvelle chance à la vie. Pour cela, une nouvelle planète m’est nécessaire. Pouvez-vous retrouver le catalogue ? »

Des planètes, il y en avait en quantité dans le cosmos, il suffisait de choisir. Il consulta le catalogue que le bibliothécaire s’était empressé de Lui apporter. Tournant les pages, il commentait : celle-ci était trop chaude ; celle-là, trop froide… Enfin, Il s’arrêta sur une page, et lut le descriptif en détail, même les notes de bas de page en lettres minuscules. C’était une planète modeste, située au delà de la voie lactée, dans une jeune galaxie.

« - Celle-ci est parfaite ! Quelle vie allons Nous y installer ? réfléchissait-il à haute voix. Ses collaborateurs, entrés peu après Lui, se tenaient à ses cotés, prêts à exécuter ses moindres désirs avec célérité.

- Resterons nous classiques ? avec atomes, molécules, cellules à assembler ? »

Ses adjoints, généralement assez traditionalistes opinaient. Mais Lui hésitait encore. Il se gratta le crâne, ébouriffant ses longs cheveux, lissa sa barbe blanche.

« - Pourquoi ne pas innover ? Nous pourrions tester des solutions originales, modifier les formes de base. La symétrie gauche-droite, les yeux, les bras, les jambes, quelle monotonie. Même les tentacules sont d’un banal. Je pensais à des sphères, des pyramides, des cubes… et tiens, des engrenages, des rivets, des boulons. Ca changera un peu ! »

Autour de Lui, c’était la stupeur. Personne n’osait protester. Certains chuchotèrent cependant « - Il veut faire des robots ? ». Mais malgré son grand âge, Il a gardé l’ouïe fine.

« - non, nous n’allons pas copier les robots et les cyborgs des ces humains odieux. Nous allons conserver les bases de la biologie terrienne, elles sont efficaces et fonctionnelles. Mais le reste sera nouveau. »

Son choix Lui parut bon. Il sourit. Tous en furent heureux.

Soudain, il s’interrogea :

« - Gabriel, pouvons nous nous passer des animaux ? »

Il n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche pour évoquer les abeilles, indispensable à la vie, la pollinisation, les fruits… qu’Il enchaîna :

« - Oui, on le fera. Les animaux, comme les Humains, c’est la violence. Des prédateurs qui tuent des proies innocentes. Des mâles agressifs, orgueilleux, qui se battent pour constituer un harem. Des femelles possessives, jalouses, violentes pour défendre leur progéniture. Avec les animaux nous n’avons que des problèmes. Moins graves qu’avec les Humains, mais tout de même, la violence, je ne peux pas laisser recommencer cela. J’aurais dû empêcher Noé de construire son arche. Cela nous aurait épargné bien des soucis. N’est-ce pas Gabriel ? »

Gabriel hocha la tête. Que pouvait-il dire ?

Il continua son soliloque :

« - C’est décidé, nous allons peupler cette planète uniquement avec des végétaux ! des feuilles, des fleurs, des fruits. Quelle paix ! Je veux une planète agréable à mon regard. De la chlorophylle bien sûr, le vert est reposant pour les yeux, et pour le reste du rouge, du jaune, du bleu en abondance. Pour les structures, les molécules, reprenez ceux de la Terre. »

Dans les laboratoires, tous s’affairèrent. Il fallait faire vite, et Lui fournir tout la matière nécessaire. Bientôt le soleil se lèverait sur le sixième jour et tout devrait être achevé pour le lendemain, jour de repos réglementaire.

Au septième jour, ils purent contempler le résultat. Des pôles à l’équateur, la planète s’était recouverte sous Ses doigts experts d’un patchwork de toutes les couleurs imaginables. Pas une banquise, pas un désert, pas un rocher nu.

On Le vit alors souvent y vagabonder. Il suivait des petits chemins moussus serpentant entre des grosses fleurs odorantes, des buissons, et des tapis de petites fleurs semblables à des violettes mais de couleur orange. Des fleurs proches des roses s’épanouissaient sur des arbres élevés comme des baobabs. Régulièrement, Il écartait délicatement du pied des grappes d’orchidées bleues, des panicules de tulipes caramel, des œillets en épis. Ses mains effleuraient des fuchsias indigo, des azalées jaunes citron…

Le temps passa.

Les plantes poussèrent.

Les arbres se dressèrent de plus en plus haut.

Les buissons entremêlèrent leurs feuillages bigarrés, entrecroisèrent leurs branches rameuses.

Le sol se couvrit d’un tapis dense de mousses, de fougères et de nombreuses petites fleurs diverses et multicolores.

Partout une végétation exubérante, une symphonie visuelle.

Le temps passa encore.

Et bientôt les plantes vigoureuses étouffèrent les plus faibles. Certaines développèrent de longues épines arrogantes et transpercèrent les écorces voisines. D’autres, volubiles, étirèrent des lianes qui s’enroulèrent autour des troncs proches, les étranglant peu à peu. Des poils urticants apparurent, gonflés de sucs vénéneux. Les chemins se refermèrent, masquant ainsi les luttes impitoyables d’une végétation hostile.

Il s’inquiéta.

Gabriel suggéra d’implanter des animaux, des moutons, des chèvres. Plus efficaces qu’un sécateur ou qu’une tondeuse. Mais n’alla pas plus loin, figé au milieu d’une phrase par un regard de glace qu’Il lui envoya.

« - Des moutons, Gabriel ? Et pourquoi pas des loups ? Vous avez lu trop de fables. Je ne veux aucun animal sur cette planète. »

Gabriel qui regrettait toujours les abeilles baissa la tête. La discussion était close.

Le temps passa encore plus.

Les plantes poussaient en se livrant des combats meurtriers pour étendre leur territoire et assurer leur survie.

Gabriel et quelques autres faisaient régulièrement des visites de contrôle.

Plus rien ne poussait sous certains arbres. Guerre chimique, des substances toxiques secrétées par des racines éliminaient les autres plantes. Les graines de quelques variétés de fleurs se dotaient de parachutes plumeux pour être portées par le vent, d’autres plantes développaient de grosses gousses qui parvenues à maturité éjectaient les graines en explosant. Ils se demandaient s’il fallait admirer ces stratégies d’invasion ou s’en alarmer.

Une autre fois, Gabriel ramassa quelques brindilles qu’il jeta au centre d’une énorme feuille rouge vif bordée de petites dents. Elle se plia alors brusquement en son milieu, claquant comme un livre que l’on referme brutalement. Une plante herbivore ! Cannibale, même.

Le temps passa et ils faisaient des rapports de plus en plus alarmants.

Un jour, enfin, Il décida de mettre de l’ordre sur la planète.

« - Gabriel, ni mouton, ni loup, ni débrousailleuse, ni autre appareil bruyant. Est-ce bien compris ? Embauchez tout le personnel que vous voulez et taillez, coupez, étêtez, déracinez,, éliminez les plantes dangereuses. Vous serez ma police, sur cette planète. J’ai toujours admiré les Jardins à la française… Versailles. Mettez donc de la symétrie, des perspectives, des massifs ordonnés, des allées rectilignes. »

La troupe de jardiniers se mit aussitôt à l’ouvrage. Sécateurs, cisailles, machettes. Ils attaquèrent la végétation agressive. Elle se défendit avec ses épines, lacérèrent les peaux et vêtements, tendit des lianes à travers les chemins. Et les combattants devaient soigner leurs ampoules, plaies, et lumbagos. Mais bientôt la planète prit l’aspect d’un grand parc soigneusement aménagé, parcouru d’agréables sentiers.

Certains jardiniers voyaient ces plantes rognées et amputées du même œil que des pauvres bonzaïs. Et les alignements leur faisait songer à des animaux dans une cage d’un zoo. Mais ils devaient obéir aux ordres.

Quand à Gabriel, il était si occupé à diriger ces travaux qu’on ne le vit plus sur la terre. Seules quelques sculptures, peintures et enluminures entretiennent encore son souvenir dans l’esprit des hommes.

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 07:11
InQuarto
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Non homologué
par Shi May Mouty



Il est beau. Cheveux dorés et bouclés. Grands yeux aux iris bleus semés de particules d’or. Nez droit et fin. Bouche aux lèvres savoureuses. Joues légèrement creuses, arcades légèrement marquées. Un visage viril sur lequel sommeille un je-ne-sais-quoi d’enfantin. Une barbe de trois jours, comme tous ces hommes qui savent mettre en valeur leur caractère à la fois farouche et appliqué. Un corps aux muscles dessinés et aux proportions parfaites, comme ces statues antiques qui exaltent la beauté du corps. Sa peau, fine et veloutée est une réussite esthétique totale. Quand on pose la main sur son corps, on sent comme une tendre chaleur, une inégalable douceur.

Il marche avec cette détermination qu’ont les hommes qui savent où ils vont. Tout en souplesse, les yeux levés, le visage inexpressif comme perdu dans des pensées. Mais vous le croisez et ses yeux soudain pétillent, deviennent rieurs, sa bouche esquisse un sourire avenant. Il court comme un athlète, et son corps en mouvement peut emprunter la grâce d’un danseur. Et son intelligence ? Extraordinaire. Il peut, avec la même rigueur, parler de philosophie, de littérature, de physique quantique, de biologie moléculaire ou tout simplement d’art culinaire. Il connaît de nombreux poèmes qu’il déclame avec beaucoup d’émotion.

En tous points, il était parfait. C’était D7R7bis, le dernier né de la série humanoïde construit par la FIN – Fédération Internationale de Nanorobotechnologie. Cette perfection, programmée dans les circuits positroniques de son cerveau, avait un objectif unique : rendre les humains heureux.

Il avait été initialement conçu en tant que simple robot ménager. Il savait effectuer toutes les tâches nécessaires au bon fonctionnement d’une maison. Il savait tout faire. Il était méticuleux et consciencieux.

Placé à titre d’essai dans différentes familles, D7R7bis avait d’abord ravi les enfants. Il leur chantait des berceuses ou leur racontait des histoires, le soir au moment du coucher, ce que leurs parents ne trouvaient plus le temps ou n’avaient plus le goût de faire. Il jouait avec eux, n’hésitant pas à prendre les rôles ingrats, sujets habituels de nombreuses disputes, comme compter pendant que les enfants se cachaient.  Il était également présent pour leur faire travailler leurs leçons, souvent de manière ludique, ce qui rendait l’apprentissage tellement plus intéressant.

Il avait également satisfait les parents. Les pères avaient l’esprit libéré en rentrant du travail de savoir que les enfants avaient bien joué, et bien appris leurs leçons. Ils étaient alors souvent déjà couchés et bordés. Ils trouvaient leur épouse reposée. R7D7bis n’était pas avare d’un coup de main sur quelques dossiers et pour prodiguer quelques conseils judicieux pour résoudre des situations professionnelles délicates. Il était également un agréable interlocuteur, s’adaptant discrètement à l’opinion exprimée par le maître de maison.
Les plus enthousiastes, sans conteste, étaient les épouses dont le travail se trouvait très allégé, car il lavait, repassait, cuisinait, nettoyait...

Cependant, progressivement, lorsque les enfants étaient partis à l’école, le mari à son travail, quand elles se retrouvaient seules à la maison, elles avaient fini par s’ennuyer ; Elles cafardaient en ruminant leur solitude. Alors, R7D7bis avait voulu les réconforter. Il savait se montrer compatissant, et même tendre s’il le fallait, pour les rendre heureuse à nouveau. Tendre en parole. Si le cerveau le lui ordonnait, aussi en gestes.
Ses mains étaient si douces, ses lèvres si suaves…
Comment aurait-on pu y résister ? Bien sûr, les protestations des époux ne tardèrent pas à affluer au siège de la FIN : R7D7bis prenait sa tâche trop à cœur, ça ne pouvait plus durer. Les lettres affluaient, toutes argumentées de motifs plus ou moins fallacieux, exagérant parfois la réalité, mais sans jamais exprimer la cause profonde de leur malaise, jamais de détail sur les causes réelles. Il y avait certainement dans ces réactions une part de jalousie. Cette frustration de l’homme qui se sent remis en cause dans sa virilité, ce robot mettant nettement en relief leur propre inaptitude à rendre leur femme heureuse. Une compétition qu’ils savent perdue d’avance.
En tout état de cause, leur conclusion était toujours la même, ce robot devait quitter leur domicile.

Bien sûr, on argua qu’un R7D7bis ne faisait qu’obéir aux impulsions de son cerveau positronique, qu’il remplissait avec beaucoup d’efficacité les fonctions pour lesquelles il avait été programmé : rendre les humains heureux.
Bien sûr, les essais furent interrompus. Les quelques modèles mis à disposition furent rapatriés. Enfants et épouses en furent bien attristés. Mais les époux, soulagés. R7D7bis ne fut pas homologué, on le mit, lui et son programme de développement, définitivement au rebut.
Et on l’y oublia.

L’ex-épouse du PDG poussa un soupir, au souvenir de toute cette affaire. Elle avait quitté son mari suite à ce scandale. Elle vivait désormais dans un loft confortable, financé par la location discrète à quelques amies d’un certain objet dont le nom ne doit plus être prononcé. C’est vrai qu’il est si beau, avec ses cheveux dorés et bouclés, ses grands yeux aux iris bleus semés de particules d’or, son nez droit et fin, et surtout sa bouche aux lèvres savoureuses… et tellement attentionné…



*   *   *

Ce magnifique robot a répondu l'appel irrésistible de "Robot Trop Humain" pour les fanesdecarottes

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 08:00

InQuarto

CoinInvité

Troubles matinaux

par Shi May Mouty


C’était le moment où les derniers rêves s’effacent, effleurant à peine la mémoire, le moment où la réalité s’impose peu à peu à la conscience, comme un atterrissage en douceur dans le monde ici-bas. La chaleur du lit, le moelleux de l’oreiller, la douceur de la couette. Il se sentait bien, goûtant avec bonheur à ces derniers instants.

Soudain un crépitement agressif envahit sa tête, comme si une abeille affolée avait pénétré dans son oreille et agitait frénétiquement ses ailes. Il introduisit son index dans le conduit auditif, le secoua énergiquement de haut en bas. Son geste dissipa immédiatement ce trouble.  La journée passa, puis le lendemain. Il en oublia vite l’incident.

Cependant, le matin suivant, alors qu’il émergeait à peine du sommeil, pendant quelques minutes ce même vacarme explosa, encore plus intense.

Souffrait-il d’un acouphène, d’un dysfonctionnement de l’oreille, ou du cerveau ? Ce bruit venait-il simplement de l’extérieur ?

Il se précipita sur son pallier, frappa chez le voisin pour lui demander dans détour s’il avait entendu ce bruit fracassant. Non, rien, absolument rien. Pardon de vous avoir dérangé.

Tous les matins à l’aube, les jours suivants, il s’éveillait en sursaut, anticipant l’apparition de l’étrange phénomène qui, au final, ne se manifestait pas. Il se rendormait alors, soulagé. Le bruit semblait avoir disparu pour de bon et il put jouir à nouveau, pendant quelques semaines, du bonheur des réveils tardifs et paisibles. Un autre matin, sans prévenir, le crépitement horrible suivi de sons étranges, presque articulés, ressurgit. Puis, à nouveau, le calme revint. Je deviens fou. Mais que ce passe-t-il ? Il passa en revue les maladies psychiatriques : délire, schizophrénie, paranoïa. Aucune ne semblait correspondre. Il songea même à la démence sénile… Non, non, non, je n’ai pas l’âge pour ça !

Du temps passa, plusieurs semaines sans doute. Aux matins ordinaires succédaient ceux où le phénomène survenait soudainement. Des sons tantôt graves, tantôt stridents mêlés de syllabes articulées comme des mots incompréhensibles emplissaient son crâne. Il n’y prêtait plus guère attention, il avait fini par s’y habituer.

La vie continuait avec ses fêtes et ses lendemains qui chantent, perpétuel recommencement. Un matin, alors qu’il émergeait péniblement des brumes d’une fête très arrosée, il perçut une lueur glauque derrière ses paupières closes. La fatigue et l’ivresse aidant, il n’eut ni la volonté ni la force de les ouvrir. Intrigué par ce qu’il pensa être un rêve ou une rémanence rétinienne, il décida de les garder fermées, juste pour voir.

La silhouette bougea et le vacarme fit à nouveau irruption : des bruits étranges qui ressemblaient de plus en plus à des paroles. Pris de panique, il ouvrit brutalement les yeux pour chasser cette vision. Mais la forme continuait de s’imprimer sur sa rétine. Où qu’il posât ses yeux dans la semi-pénombre de la chambre, il voyait maintenant très nettement, quelle horreur, une pieuvre monstrueuse dont les yeux noirs, profonds comme des gouffres ouverts sur un monde inconnu, le fixaient intensément. Des tentacules menaçants s’agitaient, déployant des ventouses cornées.

La peur lui coupait le souffle. Une pieuvre ! Une pieuvre ! Lui qui avait une phobie irraisonnée des méduses et autres créatures flasques des océans, il fallait qu’il soit hanté par une pieuvre ! Son cerveau était incapable de réagir, d’avoir la moindre pensée cohérente. Il était tétanisé, paralysé. Seule existait la peur. La pieuvre et sa peur.

Au même instant, très loin de cette chambre, des êtres presque immatériels, le corps réduit à un protoplasme translucide parcouru d’influx lumineux incessants, s’acharnaient devant d’étranges appareils. Par instant, leur corps émettait des éclairs fulgurants, ils semblaient furieux.

Depuis longtemps déjà, ils cherchaient à communiquer avec des êtres pensants. Ils avaient choisi cette galaxie pour mener leur programme. Ils en avaient exploré des planètes ! Mais toutes les tentatives pour entrer en contact avec leurs indigènes avaient lamentablement échoué. Sur cette petite planète insignifiante et inoffensive en orbite autour d’un soleil pâle, ils étaient pourtant sûrs d’avoir détecté des êtres vivants. Et certains semblaient même dotés d’une certaine forme d’intelligence.

Lors des essais précédents, et malgré leurs techniques très performantes, ils n’avaient pu obtenir la moindre information sur l’aspect que revêtaient les créatures avec lesquelles ils avaient tenté de communiquer. Probablement, ils auraient été surpris de voir à quoi ressemblent la mouche, l’huitre, le ver de terre et le brochet qu’ils avaient sondés. Depuis peu cependant, perfectionnant leurs méthodes, ils avaient pu visualiser l’un de leur cobaye : une sorte de grosse entité protoplasmique, comme eux, mais vivant en milieu aquatique. Son corps était cependant plus matériel que le leur, composé d’une grosse masse oblongue terminée de multiples appendices.

Ils en avaient alors adopté l’aspect pour projeter cette image familière dans l’esprit de leur ultime cobaye. Les crédits alloués à cette étude étaient épuisés : ce spécimen serait le dernier de ce programme.

Or c’était bien parti pour être un échec de plus. Cet être ne possédait qu’un esprit confus et lent - le cobaye XX11 qui vivait sous le sol était plus réactif. Ils n’avaient détecté que des sensations vagues : volupté, peur ; ainsi que d’obscures excitations éthyliques au niveau neurologique. Pas le moindre raisonnement cohérent n’était détectable.

Ils en étaient sûrs maintenant : les habitants des planètes de cette galaxie étaient inexploitables, beaucoup trop primitifs. Inutile de poursuivre le programme télépathique en ces lieux, il ne leur restait plus qu’à réclamer de nouveaux budgets pour explorer une autre galaxie en arguant qu’ils avaient amélioré leurs appareillages. Ils le savaient, leurs supérieurs seraient déçus. On leur répéterait l’importance de leur mission, qu’ils devaient trouver, coûte que coûte, que leur expansion, leur survie était en jeu, qu’il fallait de nouveaux espaces ainsi que des esclaves pour récolter les ressources, des esclaves suffisamment intelligents pour être contrôlés par télépathie. Ils éteignirent, un à un, leurs appareillages.

Au même instant, très loin de ces appareils, un jeune homme se remettait doucement de ses émotions. Il passa quelques examens médicaux. Par acquis de conscience. On ne trouva rien. Alors le jeune homme, toujours aussi paresseux, toujours coutumier de soirées bien arrosées, reprit ses bonnes habitudes : réveil progressif, son lit était si confortable…

Il oublia rapidement ses réveils cauchemardesques, les mit sur le compte de quelques nuits trop courtes et trop agitées. Le whisky n’était peut-être pas toujours de très bonne qualité.

*   *   *

 

Ce lien "téléantipathique" nous a été transmis par un appel à textes lointain... pour les fanes de carottes

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 07:31
InQuarto
CoinInvité

Cuisine des âmes
Par Shi May Mouty


Poussées par les vents solaires, les âmes voletaient, légères et blanches comme des phalènes. Elles flottaient, immatérielles, dans l'espace infini et vide.


Le vide... justement, le vide. Les âmes s'y ennuyaient. Maussades, ternes. Elles se laissaient en réalité plutôt balloter dans les courants de l'éther comme de vieux bouchons dans une rigole après une averse. Zeus tonna bien souvent contre ce fait, mais tous ses efforts pour distraire les âmes tristes avec l'aide de peintres et de compositeurs de musique furent vaines. Les sons et les couleurs restaient sans effet.


Ce que Zeus ne savait pas, n'en déplaise à son omniscience, c'est qu'une zone du cosmos située un peu à l'écart était étrangement bruyante. Il y régnait une agitation de fourmilière, une sorte de chaos mystérieusement organisé. Des coups sourds, des sons métalliques, mais aussi des pétillements, des crépitements résonnaient, accompagnés de rires et de chants.


Des louches, des passoires et des casseroles s'entrechoquaient. Des couteaux, des fourchettes et des cuillères cliquetaient. Des parfums suaves s'échappaient. Et les âmes s'illuminaient, palpitaient, rayonnaient aux odeurs d'ail, de thym et de grillades.


Pourtant, on ne voyait ni casserole, ni fourchette, ni viandes, ni fruits, ni légumes. Rien que le vide. Tout cela n'était que des souvenirs, les gestes mimés, les bruits reproduits de leur bouche. Seulement les souvenirs heureux des repas partagés et des fêtes d'autrefois. Et qu'importe si une âme revivait la dégustation d'un sorbet à la fraise à côté d'une autre en train de humer un Munster bien mûr ou de savourer un hareng cru mariné dans une sauce improbable. Pas de querelles entre les anciens et les modernes, les partisans du cuissot d'auroch et ceux de la cuisine moléculaire.


Ici, les âmes étaient comblées. Elles jubilaient et s'irisaient de couleurs de l'arc-en- ciel, et ce bonheur se diffusait de l'une à l'autre. Finis la morosité et les regrets. Épicuriens, bon-vivants (même morts), amateurs de bonne chère se donnaient le mot et retrouvaient dans ce recoin du cosmos leur joie de non-vivre.

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 07:51

L’auberge de David V.

Dans le cadre des fanesdecarottes

 

Pour lui, tout a commencé par une nuit sombre, le long d'une route isolée de campagne, alors qu'il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva. Tout a commencé par une auberge abandonnée, par un homme devenu trop las pour continuer sa route… Tout a commencé par l'atterrissage d'un vaisseau venu d'une autre galaxie.

A bord, on se marrait bien à le voir tourner en rond sur ces petites routes. Il était assez pitoyable dans sa voiture bringuebalante. Y'avait de quoi rire : il s'énervait, se désespérait, reprenait courage pour de nouveau s'énerver à chaque nouvelle intersection. Il faut dire qu’à un embranchement on l’avait plongé dans un univers à réalité modifiée et qu’il avait peu de chances de s'y retrouver. Et il s'acharnait à avancer, à scruter les panneaux et le paysage. Ça faisait des heures que ça durait quand enfin il sembla commencer à s'épuiser. Il ralentit d’abord à l'approche d'une baraque en planches aux trois-quarts effondrée. Mais il poursuivit tout de même son chemin. Au final, il choisit plus loin cette auberge pour faire halte.
Il était en train de l'explorer tandis que nous cherchions une nouvelle idée pour continuer à nous amuser. C'est là que Globon suggéra d'y aller et de le convaincre de venir avec nous. Qu'il est bête, ce Globon. Il a toujours des idées très débiles. Conformément aux ordres, on n'aurait pas dû se poser. Mais là, fatalement, nous étions tellement chargés à force de respirer l'azote contenu dans l'atmosphère de cette planète que son idée nous  parut géniale. Globon se porta même volontaire.

Il prit l'apparence d'une femme de cette civilisation. Nous avions tout ce qu'il nous fallait dans nos bases de données, depuis le temps que nous étions postés en surveillance. On synthétisa des vêtements, on choisit une femme "bien foutue", selon les critères locaux. Ils ont de drôles de goûts les autochtones, quand même. En quoi ces excroissances mammaires graisseuses sont-elles attirantes ?

Qu'importe. Globon se transmuta dans l'auberge, à l'accueil, et attendit sagement, comme s'il avait toujours été là, que l'humain revienne... ce qu'il ne tarda pas à faire, forcément.
Une fois dissipée sa surprise, quand Globon eut expliqué au voyageur égaré d'une voix suave et sensuelle qu'il était à la cave au moment où il avait dû arriver, une conversation fort banale s'engagea. L'homme s'inquiéta des tarifs pour une nuit, de la possibilité de manger... Il ne parut d'abord pas se soucier des tics qui agitaient Globon sous l'effet de l'azote. Globon assura vraiment bien lors de cette première phase, et il manœuvra adroitement pour amener la discussion sur le thème des voyages. Il s'inquiéta du goût de cet homme pour la découverte de nouveaux lieux plus ou moins exotiques, jaugea son esprit d'aventure.

Cependant l’homme commença à montrer des signes de nervosité quand Globon se mit à rire de manière inquiétante et incontrôlée en lui demandant s'il aimerait voyager avec elle pour qu'elle puisse enfin partir loin de cette auberge qui lui était devenue insupportable. L'homme avait déjà reculé de quelques pas quand Globon bascula dans l'hilarité la plus complète sans attendre sa réponse.
C'est alors que Manix décida précipitamment de venir en aide à Globon. Il se projeta lui aussi dans l'auberge, vêtu d'une tenue de femme de ménage, robe noire, tablier blanc, très classique en somme. Il entra dans l'accueil, un plumeau rose à la main. Un grand sourire aux lèvres, il excusa l'attitude de Globon : "il souffre d'une maladie nerveuse, voyez-vous". L'homme considéra son apparition d'un air effaré, mais au moins il cessa de reculer vers la porte. Le fait de savoir que la demoiselle de l'accueil était un peu malade semblait avoir calmé son envie de fuir. Le fait que Manix se soit interposé entre lui et la porte devait avoir eu également un impact non négligeable sur sa volonté d'aller dans cette direction.
Il semblait rester en lui une réticence que Manix eut du mal à saisir. Il fallut attendre que Globon réussisse à se calmer un peu, qu’il reprenne son souffle pour qu'enfin Manix comprenne pourquoi l'expression de l'homme était maintenant teintée d'une nette angoisse. Soit, il avait dit "il" pour parler de Globon au lieu de dire "elle", soit... Certes, son costume de soubrette dont il avait pris le modèle dans un vieux film était un peu décalé pour l'époque, mais il n'était surtout pas adapté à son corps de type masculin...
C'est alors que Manix haussant les épaules commença à raconter un peu n'importe quoi pour justifier cette situation. L'azote a pour effet de lui délier la langue, je n'aurais pas dû le laisser aller là-bas, mais il avait été trop rapide. Il commença par dire qu'il aimait s'habiller en femme, que ça n'avait rien de choquant là d'où il venait, qu'il venait de très loin, et que sa sœur et lui voulaient partir de cette auberge au milieu de nulle part, parce que cette planète était vraiment une planète pourrie.
Alors je compris qu'il fallait agir. Je m’éclaircis l'esprit en respirant une goulée d'hélium, et je modifiai la réalité dans laquelle ils étaient pour bloquer les issues de la pièce. Globon effondré de rire au sol ne pouvait empêcher Manix de continuer à raconter qu'ils avaient envie qu'il vienne avec eux, qu'ils avaient un super bolide pour se déplacer, que le vaisseau était vraiment confortable, qu'il ne regretterait pas le voyage.

C'est quand Manix prononça le mot vaisseau que l'homme se retourna vers la porte la plus proche, et il se mit à courir quand il entendit voyage interstellaire. Grâce à moi, il n'alla pas bien loin. Manix cria alors pour le retenir que s'il le souhaitait il pouvait devenir lui aussi une femme, et que tous les deux pourraient bien s'amuser, parce qu'il avait envie d'expérimenter leur mode de reproduction sexué... Mais bon, ça n'eut pas l'effet escompté, l'attention de l'homme était fixée ailleurs. Il était en train de s'acharner désespérément sur une poignée de porte qui tournait dans le vide. Manix, pour prouver sa bonne foi, changea alors sa forme et devint une blonde pulpeuse modelée d'après l'image qu'il avait vue dans un comics. L'homme se retourna alors pour identifier la position d'une autre porte et le vit transformé. Il resta en arrêt, prenant conscience du fait qu'il était vraiment face à des extra-terrestres et non simplement face à des fous.
C'est à cet instant que je me matérialisai sous la forme d'un gars bien musclé, avec un gourdin dans la main,  et je l’assommai lâchement en le cognant à l'arrière du crâne. Je fis respirer un peu d’hélium à Globon et Manix, puis nous entreprîmes d'emmener l'homme sur le vaisseau. Il en savait vraiment trop, nous allions devoir justifier cet incident. Globon nous convainquit de modifier ses souvenirs, et c'est ainsi que nous le laissâmes dans une autre auberge abandonnée, bien réelle celle-là, non loin du lieu où nous avions court-circuité sa route.
Le malheureux en garda quelques séquelles, il se mit à dire partout qu'il avait rencontré des extra-terrestres. Heureusement personne ne le crut.

***
Ce texte est publié dans le cadre d'une étrange invitation

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 07:29

Le coin de l'invitée :

Caprice

Par Shy May Mouty

Elle le voulait, elle l’aurait. Ce n’était qu’une question de temps. Elle était décidée et allait organiser ses recherches pour être efficace.

Par quoi commencer ?

Aujourd’hui elle avait peu de temps devant elle. Il était tard déjà. Elle entreprit alors de regarder dans les catalogues de vente par correspondance. Ces catalogues lourds de tous leurs articles. Petit sourire devant les chaussettes ornées de personnages de Walt-Disney. Puis elle trouva les pages consacrées aux vêtements féminins. Pulls aux couleurs vives, robes vieillottes, moue dubitative. Lingerie, mignon ce soutien gorge, dentelle aux tons nacrés enveloppant la poitrine avantageuse d’un mannequin à la pose artificielle. Bien sur elle, mais sur moi ? Elle passe à la suite. Collants, chaussures pour pieds sensibles, parkas.

Mais où sont les manteaux ? Pas un seul, est-ce possible ? Page ratée ? Elle explore l’index à la fin du pavé monstrueux de pages en papier cigarette. Malles, matelas… pas de manteaux.

Elle abandonna le catalogue et se plongea dans le concurrent, sans plus de succès. Des vestes longues ou courtes, des anoraks, avec ou sans capuche, avec ou sans fausse fourrure… Cela commençait à l’énerver, mais elle tenait à trouver ce manteau et ne changerait pas d’avis.

L’étape suivante sera d’aller dans les jours et semaines suivantes à la ville voisine pour faire une expédition dans les grandes surfaces et les petites boutiques. Elle commencerait d’ailleurs par le supermarché où elle avait coutume d’aller faire des courses alimentaires.

Le lendemain, tôt le matin elle se dirigea vers le rayon habillement et ses alignements monotones de jupes et pantalons pendouillant sur leurs cintres. Tissus manipulés, déjà froissés, même modèle décliné en multiples couleurs et tailles. Une mode monotone, standardisée pour les grandes masses. Pas le moindre manteau. A grands pas elle acheva ses achats ordinaires, poussant furieusement son caddie vers les paquets de nouilles, les conserves, et le rayon frais.

La fois suivante, elle changea de grande surface avec le même déplorable résultat.

Il lui restait encore à visiter les petites boutiques du centre ville. Elle avait coutume des les éviter, n’aimant pas le regard des vendeuses qui vous toisent pour évaluer votre taille, votre tour de hanche et votre compte en banque. Elles essayent toujours de vous convaincre que cette veste au bleu agressif vous va à ravir. Mais si c’était la seule solution, elle le ferait.

Prenant son courage à deux mains, le week-end suivant elle se lança.

Premier magasin, une vendeuse aimable et étonnée « Non, nous n’avons pas cet article, surtout dans ce coloris, nous sommes désolées, mais si je peux vous aider en vous montrant d’autres articles similaires… »

Le deuxième la mit face à une pimbêche qui la regardait comme si elle était une clocharde égarée à la cour de Versailles.

Dans le troisième, la pot-de-colle typique. A peine entrée qu’elle se précipitait pour aider à trouver ou choisir. N’ayant pas ce qu’elle lui décrivait, elle s’empressa de lui proposer d’essayer une veste, un blouson, puis une jupe, un pull de leur nouvelle collection exclusive de la mode d’hiver…

Et ainsi de suite. Elle toucha le fond face à une vendeuse qui la regarda d’un air pincé «  Nous ne faisons que des articles de qualité, Madâââme, de la haute couture française sur mesure venant de nos ateliers. Vous ne trouverez pas d’articles de prêt-à-porter chinois chez nous. »

Ce soir là, épuisée et en rage, elle s’affala sur son canapé. Les pieds endoloris. Il fallait dresser un nouveau plan de bataille, s’adapter. Il lui restait peu de temps.

Elle avait conservé le souvenir de quelque chose d’intéressant relégué au fond de la première boutique. Elle y retourna quelques jours plus tard.

Elle ressortit de la boutique avec dans son sac une robe de soirée rouge coquelicot en tissus léger, au décolleté profond et aux manches courtes et des gants tout aussi rouges. Elle trouva à la boutique voisine des chaussures tout aussi rouges, mais dut renoncer au chapeau, trop cher.

Une semaine plus tard, début décembre, il faisait une température glaciale avec de la pluie mêlée de neige. Le jour de la Ste Barbe, patronne des artilleurs et des pompiers, elle était là, à la grande fête à la caserne. Dans l’alignement parfait des hommes et des engins, elle grelottait. Fière, au bras de l’adjudant des pompiers, son homme. Elle était vêtue du même rouge, mais bien plus belle que le camion avec sa grande échelle.

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 07:55
Dans le cadre des fanesdecarottes,

Derrière les fourneaux

 

- Maman, j’ai faim !

- Mais non, c’est juste une impression.

- J’ai vraiment faim, j’te dis !

- Ne recommence pas, tu m’a déjà dit ça des millions de fois !

- Mais c’est parce que j’ai faim !

- Mange ta main, alors.

- J’ai déjà essayé, ça n’a pas de goût, pas de consistance. Et en plus elle a repoussé tout de suite.

- Mange autre chose, alors. Un nuage, par exemple. Il y en a plein ici.

- Grmmmmbl… pas bon les nuages.

- Tu n’as pas assez faim alors, si tu n’es pas prêt à manger quelque chose qui ne te semble pas bon.

- Mais si, M’man, j’ai très faim.

- Mange les nuages alors. Ou si t’as besoin de t’occuper, va tenir compagnie à l’infanticide.

- Oui, M’man…

- Et sois gentil avec lui, tu sais qu’il a eu une fin violente. Souviens toi que tu as eu la chance de partir doucement, durant une famine.

 

Une fois dehors, leur fils interpelle un garçon qui tape du pied dans un nuage arrondi.

- Hé, tu viens jouer avec moi ?

- Je sais pas trop… Faut que je demande à ma mère.

- On va aller voir Kanoa, M’man veut que je lui tienne compagnie parce qu’il a eu une triste fin, blabla… comme si la notre était meilleure.

- Je vais demander.

Il rentre chez lui :

- Maman, est ce que je peux aller m’amuser avec l’Hindou et l’Hawaïen ?

- Si tu me promets de ne pas vouloir les manger, oui.

- Pourquoi je ne pourrais pas les manger ? Ils ont un petit gout épicé, et en plus, ça repousse.

- Mais parce que les gentils garçons cannibales, ça ne mange pas les autres petits garçons.

- De toute façon, Badal est tellement maigre que ça ne vaut même pas la peine de le croquer.

- Comme si ça devait me rassurer… Allez, file, Badal t’attend.

 

 

La femme, se retourne alors vers son époux.

- Tu me passes le sel ?

- Bah, non !

- Tss, tu ne fais pas d’effort.

- Mais tu sais bien que je ne peux pas !

- Tu pourrais aller plus souvent à l’entrainement. Tu finirais bien par y arriver.

- Mais Bibiche, j’ai toujours eu deux mains gauches. J’ai jamais rien su faire de mes dix doigts. A part me blesser. Si j’avais su jardiner, nous aurions eu assez pour survivre…

- Mais tu n’es plus comme avant. En faisant des efforts tu devrais y arriver.

- Ca fait 200 ans que je fais des efforts…

- Tu es désespérant parfois.

- Et moi, je ne comprends pas pourquoi tu t’acharnes à cuisiner.

- Ca m’occupe, tu sais bien. J’ai besoin de me raccrocher à du concret. Et moi, au moins, j’arrive à manipuler des objets !

- Faire battre des casseroles contenant du vide, agiter une salière pleine de vent… Quel intérêt ? A part rappeler à notre fils qu’il a faim.

- Tu manques d’imagination, c’est tout.

- A quoi ça nous sert, maintenant, d’imaginer et faire semblant que nous faisons un bon repas ?

- Ca nous occupe…

 

 

L’époux sort et va chez son voisin. Une fois sur place, après quelques salutations, le silence s’installe, entrecoupé du bruit d’une comtoise qui cogne, avec un son ouateux, comme étouffé.

* tic, toc, tic, toc *

- On pourrait trouver une sujet de conversation, pour une fois.

* tic, toc, tic, toc *

 - Je sais pas. Tu as une idée ?

* tic, toc, tic, toc *

- Non.

* tic, toc, tic, toc *

- Moi non plus.

* tic, toc, tic, toc *

- C’est long l’éternité.

* tic, toc, tic, toc *

- Oui.

* tic, toc, tic, toc *

- Une cigarette ?

* tic, toc, tic, toc *

- Au point où l’on en est, ça ne peut plus nous faire de mal...

 

Une clochette, au tintement mat retentit alors.

* ding, ding, ding*

- Ah, ça doit être pour moi, je vais voir ce que veux Madame.

Il quitte la pièce et l’on entend alors :

- Hector, pourriez-vous m’apporter du thé et des petits gâteaux s’il vous plait, il est 17 heures.

- Oui, Madame.

Il revient.

- Elle réclame encore son thé.

- Elle n’a plus toute sa tête la pauvre.

- Elle l’avait déjà perdu avant. Elle était atteinte d’une maladie qui entrainait une dégénérescence mentale.

- Mais quand comprendra-t-elle qu’elle n’est plus ?

- Le jour où j’aurai le courage de lui avouer que la gazinière du château a explosé alors que je lui préparais son thé.

 

 

Soudain, ils entendent une petite fille affolée s’écrier :

- Hansel ? Hansel ! Tu es toujours là ?

- Ohh ! Gretel, nous avons eu chaud ! Nous voilà enfin sortis du four de cette vieille sorcière.

- Hansel ! En effet, il fait moins chaud, mais il fait bien noir. Où es-tu, je t’entends, mais je n’arrive pas à te toucher.

- Moi non plus. Viens, sortons de là.

Et sous les yeux ébahis de nos deux compères, les voilà qui s’extirpent du four de la gazinière.

- Oh, Hansel, je crois que nous avons un soucis toi et moi…

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 07:24

Le coin de l'invitée :

Le choix des mots

par Shy May Mouty

 

Sniff.

Sale bête, c’est une sale bête. Je voulais pas, moi, être une sale bête comme ça. Une bête avec des centaines de dents pointues. Si, des centaines. Je l’ai vu dans la télé. Même que c’est une bête qui passe ses journées tête en bas, suspendue par des griffes monstrueuses dans des greniers tout noirs, pleins de toiles d’araignée ou dans des grottes peuplées de dragons. Une sale bête qui s’accroche aux cheveux des gens, qui leur suce le sang et les vide complètement. Si, si, c’est vrai. Je l’ai vu dans la télé. Même que les gens deviennent des vampires comme Dracoula ou je sais plus comment. Même que Dragula il dort dans une tombe.

Moi, je veux pas être un vampire.

Booouuuhhhhh….

Ils m’ont mis des grandes ailes moches, raides en espèce de papier avec des baguettes dedans qui tiennent n’importe comment et qui pendouillent sous les bras. Ils m’disent que je dois les lever et les abaisser comme si je volais. Mes bras.

Moi, j’veux pas voler. Nan.

Ils m’ont aussi collé un affreux bonnet bleu avec des grandes oreilles poilues. On voit même plus mes cheveux. Maman elle m’avait fait une belle coiffure avec plein de petites tresses et des perles de toutes les couleurs. J’suis trop moche maintenant. On voit plus mes tresses, ni les perles.

Moi, je voulais être un papillon. Comme Chloé et Faustine ! Elles ont de belles ailes dorées, brillantes et un joli vêtement vert et noir.

Ou un petit lapin alors. Il est joli le costume de lapin de Mathilde. Tout doux, avec le pompon blanc et les grandes oreilles trop mignonnes.

Un champignon, au moins. Tout rigolo avec le chapeau rouge à pois blancs. Ils m’ont dit que j’étais trop grande pour être un champignon. J’veux pas être grande.

Sniff.

Même Léo en écureuil un peu ridicule, il est mieux que moi ! En plus il est content parce qu’il aime bien les noisettes.

Et même Kylian, avec son affreux crapaud, qu’il a même pas le droit de sauter, il raconte qu’il est une grenouille verte, comme dans la chanson.

Et pis, et pis, c’est Mégane qui a les costume de princesse. C’est elle qu’est debout au milieu et en avant. C’est elle qu’a la grande robe de velours rouge brillant avec le grand col en dentelle. C’est pour elle la couronne de diamant sur la tête. Et sous prétexte que c’est le prince, elle donne la main à Hugo. Mon copain, à moi. Il habite dans la maison juste à coté, et on va toujours à l’école ensemble. Même que des fois il porte mon sac. Même qu’il me donne des kindersurprises. Et qu’il est obligé de lui donner la main et de la regarder comme un amoureux, c’est pas juste.

Sniff.

Et tout ça parce que c’est la chouchou de la maîtresse. Elle raconte partout qu’elle a le plus de félicitation. Je l’ai entendu à la cour de récré avec Camille. Elle dit que je suis nulle, que je mets toujours le chantier dans la classe. Que c’est bien fait pour moi d’être une horrible bestiole de chauve souris.

 

« Lisa, pourquoi tu pleures dans ton coin ? Tu vas gâcher ton maquillage. Dépêche toi de t’installer sur la scène à coté de Chloé, et remue bien les ailes pendant la chanson. »

« J’veux pas y aller ! »

« Tous les parents sont là pour la fête de l’école et ils vont tous t’applaudir. »

« J’aime pas les vampires »

« Mais tu n’es pas un vampire, tu es une jolie pipistrelle. Oui, pipistrelle, c’est un nom très mignon. Tu souris ? Allons, vite ! A ta place ! »

Quelle casse pied cette gamine…

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 07:18
Dans le cadre des fanesdecarottes,
Consigne de sécurité


Il y a peu, la personne chargée de la sécurité de l’entreprise où je travaille m’a rappelé que l’un des éléments essentiels pour réduire le risque de chute de plain-pied est la présence d’un bon éclairage. Pour éviter de marcher sur un objet au sol, ou de glisser dans une flaque d’eau, la première parade est de pouvoir les voir.
Je me suis abstenu de tout commentaire. Je crois bien que je l’aurais fait frémir si je lui avais raconté ma tendance à la « pédibulation noctibule ». Il m’est souvent arrivé de me déplacer sans allumer les lumières, ma maison  se transformant alors en un terrain de promenade en aveugle, et parfois en un parcours du combattant semé d’embûches diverses.
Ainsi, enfant, ma chambre étant à l’étage, je quittais parfois mon lit en pleine nuit pour accéder aux toilettes situées au rez-de-chaussée, sans allumer. Mes orteils identifiaient assez vite les chaussons qui tranchaient avec la relative fraîcheur du plancher. Parfois, en été, je ne les portais pas et j’avais alors plaisir à ressentir la texture des sols que je parcourais. Il y avait celle dure et tiède du plancher de ma chambre à coucher, celle cotonneuse et chaude d’un tapis dans lequel s’enfonçaient agréablement les pieds, ou celle d’un carrelage glacial et bossu à cause de ses tomettes inégales, ou encore le revêtement de sol synthétique, froid et légèrement mou sous mon pied.
Suivaient un franchissement de zone, transition entre le plancher et le carrelage, et la traversée du couloir pour accéder, juste en face de la porte, à l’escalier. L’habitude aidant, cette distance menant à la première marche était parcourue intuitivement, et je descendais ensuite en gardant le bois râpeux de la rampe sous ma main gauche.
Une fois parvenu en bas, je parcourais un autre couloir sur toute sa longueur, avec la main droite frôlant le mur. Pas la gauche, car je risquais alors de renverser un pot de fleur. Mes doigts sentaient défiler une porte close, une ouverture sur un couloir, et enfin la porte qui m’intéressait et derrière le siège blanc à lunette. Le chemin de retour se déroulait selon le même principe, jusqu’à retrouver le contact moelleux de mes couvertures.

Mais je n’étais pas à l’abri de certaines surprises. Parfois, je connaissais de grosses frayeurs, en cherchant une dernière marche aux escaliers et en laissant alors ma jambe retomber brutalement au sol. Déséquilibré, j’étais à la limite de partir en arrière, en roulé-boulé, dans les escaliers.

De plus, selon les jours, au même endroit, je pouvais me trouver face au vide, à la tranche du battant d’une porte ou nez à nez avec quelques vêtements suspendus. La rencontre brutale avec un tabouret, trop bas pour que mes mains ne le trouvent, qui n’avait pas été repoussé sous le bureau de ma chambre pouvait également s’avérer fort pénible !

Mais toutes ces peurs et ces bosses n’avaient pas réussi à me faire changer mon mode de déplacement.
Or une nuit, je me sentis piégé dans ce qui me parut une monstrueuse toile d’araignée. Elle m’enserrait, m’étouffait, m’empêchant d’avancer et aussi de reculer. Je me débattis comme un forcené en poussant des hurlements, et plus je bougeais, moins j’avais de marge de manœuvre. Je vivais là l’un des cauchemars qui me visitaient régulièrement dans lequel j’étais attaqué par une araignée géante puis enroulé dans son fil sans pouvoir réagir.

Je suis resté marqué pendant longtemps. J’ai d’abord eu une phobie totale du noir et refusé complètement de quitter mon lit de nuit.

Puis j’ai mis progressivement en place des mesures compensatoires me permettant de me rassurer et de continuer à me lever si besoin en pleine nuit. Mais aujourd’hui encore, ces déplacements restent limités, et se font toujours en allumant. Alors forcément, j’aurais pu parler longuement à notre ingénieur sécurité des risques que présentent les déplacements en pleine nuit sans éclairage. 

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