Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

InTheBlob

ce truc est mon blog.. qui l'eut cru!
il contient :
- des trucs et des n'importe-quoi dans la catégorie En Folie,
- des photos et des dessins dans In Plano
- des articles de lecture dans les différents In Folio
- des amusements littéraires dans In Quarto
- des articles sur la musique dans In Octavo
- des recettes de cuisine dans In Douze (parce que midi, c'est l'heure !)
- des articles de cinéma dans In Seize (Neuvième)
- des articles de science et de fiction dans In Dix-Huit (parce que c'est le format suivant)

Voilà, vous êtes prévenus.

Inthepast

2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 07:30

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
seizième épisode


Razibuth, en écoutant pérorer Lucifer, laissa croitre le petit germe vengeur qui s’agitait en lui. L’occasion était belle, et il trouva une idée qui lui parut pleine de promesses intéressantes... Étrangement, une liane invisible, ou peut être un caillou virtuel se trouva devant les pieds de Lucifer. Il trébucha, plongea en avant dans ce qui pouvait sembler être une toute petite mare… mais elle se révéla finalement assez large et profonde pour l’accueillir tout entier. Il s’y étala de tout son long, de la pointe des cornes au bout de ses sabots fourchus.
Les démons de l’équipage, qui commençaient à bailler, sursautèrent. Certains eurent encore assez de présence d’esprit pour se précipiter et pour l’extraire de la gangue boueuse et putride qui le nappait, tel du chocolat sur des profiteroles, mais en moins appétissant. Ils constatèrent alors que Lucifer grouillait d’une multitude d’animalcules répugnants. La peau blafarde, les yeux ternes ; la gorge nouée, il hoquetait, toussait, rejetait de la boue par la bouche, les naseaux. Il en extirpa de ses oreilles dont les longs poils étaient tout collés. Son bouc s’égouttait sur sa poitrine, finissant d’effacer le sigle SM Lucifer Rex, déjà fort délavé et illisible.
Il leur fallut des seaux et des seaux d’eau claire et glacée pour le laver. Le plus difficile fut de faire disparaître l’odeur pestilentielle qui s’accrochait à ses vêtements. Après ce traitement, Lucifer faisait peine à voir. Sa cape n’était plus qu’une loque qui pendouillait en dégoulinant. Elle lui battait les fesses grotesquement. Sa combinaison moulante… moulait tout, et ce n’était pas joli à voir. Les nouveaux matériaux synthétiques n’étaient malheureusement pas de la qualité espérée.
Cependant il ne lui fallut que quelques minutes pour se reprendre. Enveloppé dans un vêtement autochtone que l’un des diables avait décroché d’une liane sur laquelle il était suspendu, il scruta d’un regard empli d’une fureur extrême les membres de l’équipage, mais rien ne lui permit d’étayer ses soupçons naissants. Razibuth ne laissa pas un instant transparaitre ses sentiments, et pourtant qu’est-ce qu’il était content ! « Le plus beau jour de ma vie », songea-t-il.
Les hommes verts, roses maintenant mais délivrés du sortilège, regagnèrent l’ombre salutaire de leur hutte. Les hommes serrèrent fort leurs femmes pour se redonner du courage (bien sûr, ils ont des femmes, sinon comment voulez vous qu’ils… le pollen c’est pour les fleurs). Ils étaient catastrophés. Travailler, se prosterner, travailler, se prosterner. Et s’ils ne travaillaient pas assez et ne se prosternaient pas assez, s’ils n’étaient pas assez rôtis par leur astre maintenant que son rayonnement les brûlait, ce pitre rouge les menaçait d’aller rôtir dans ce qu’il appelait l’Enfer… Horreurs ! Malheurs !
De retour dans le vaisseau spatial, Lucifer donna l’ordre de décoller immédiatement et de retourner sur Terre. Une fois arrivé, enfin sec, propre, délicatement parfumé à la lavande, assis dans son beau fauteuil recouvert de velours rouge, il put savourer à sa juste valeur sa vengeance sur les hommes verts. Il en oubliait même son bain de boue forcé. Mais surtout, il débordait d’orgueil. Désormais, il était l’égal de Dieu. Il en rêvait depuis toujours, depuis des temps éternels. Il commençait à réfléchir à une possible extension de son culte sur d’autres planètes.

Depuis ces événements, le serpent corail aux yeux d’or vit des jours heureux. Il songe à se marier et à avoir des enfants qui pourront jouer sans risque dans le feuillage vert émeraude des arbres, entre les frondes vert Nil des fougères et sur les coussins vert tendre des mousses.
Il observe les hommes roses de la planète chlorophylle qui travaillent, travaillent… et rougissent. Souvent il se félicite d’avoir donné un coup de pouce au destin lors de la première visite des étrangers rouges velus et cornus. Il se demande parfois pourquoi il a agi ainsi. Il n’en sait trop rien. Il se souvient juste d’une petite phrase incompréhensible qui s’était alors incrustée dans un recoin de son minuscule cerveau reptilien : « I aisse oui cane »…

Mais ceci est une autre histoire…

écrite pour les fanes de carottes
Partager cet article
Repost0
30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 07:30

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
quinzième épisode


Le vaisseau spatial satanique était finalement revenu sur Terre. Depuis lors, la peau de Lucifer se teintait d’un rouge sombre, presque noir. Comme son humeur. Il jetait des regards furieux aux démons qu’il rencontrait, guettant le moindre sourire qu’il prenait pour une moquerie. Horriblement vexé d’avoir pris une raclée sur la planète chlorophylle, il ruminait sans cesse de nouveaux plans pour laver cet affront, n’en trouvant aucun d’assez raffiné ni d’assez cruel.

Razibuth le surveillait discrètement. Lui aussi réfléchissait. S’il ne trouvait pas rapidement un moyen de se venger de Lucifer, le petit germe qui murmurait vengeance dans son cerveau allait croitre en un chêne gigantesque et lui faire exploser le crâne. Il y avait urgence.

Enfin, un matin, des sonneries triomphantes retentirent dans toutes les cavernes de l’enfer. Lucifer avait emprunté les trompettes du Jugement dernier et les faisait sonner pour rassembler ses troupes. Départ immédiat pour la planète chlorophylle. Déjà il anticipait la réussite de cette expédition, il rayonnait. Dans son visage luisant, ses yeux brillaient si fort que des étincelles en jaillissaient.

Dans l’instant, le vaisseau fut prêt. Il partit. Léger frémissement de l’espace-temps. Il arriva. Si l’on connaît précisément les coordonnées du lieu d’arrivée, les voyages sont grandement raccourcis quand on est un démon.

Le « Conquérant Infernal 666 » se posa au beau milieu du village des hommes verts. Effet de surprise réussi. Les villageois, effrayés, tentèrent de s’enfuir vers la forêt, mais Lucifer, qui avait soigneusement mûri sa stratégie, jaillit aussitôt du vaisseau en marmonnant. Dans un geste auguste, il tendit vers eux ses mains griffues comme une pieuvre l’aurait fait de ses tentacules pour saisir une proie. Les hommes verts se trouvèrent paralysés sur place. Ebahis, stupéfaits, terrassés.

Le grand démon rouge se dressait devant eux de toute sa hauteur. Pour ce jour mémorable, il avait revêtu un costume d’apparat écarlate extrêmement moulant. Sur sa poitrine, il était orné d’un logo représentant des flammes, un trident et le sigle SM Lucifer Rex . Le tout était complété d’une grande cape rouge sang de vampire, qu’un vent léger soulevait avec grâce, comme une aile géante.

Il fusillait du regard les hommes verts, prisonniers de son sortilège. Sa voix tonna : « Moi, Lucifer, Roi de l’Enfer, je vous condamne à perdre votre chlorophylle. » Il ricana « Votre peau aura désormais une ridicule couleur rose pâle. Vous ne pourrez plus vous nourrir comme des plantes d’un peu d’air, d’eau et de soleil. Vous ne pourrez plus vous nourrir des animaux sauvages qui peuplent votre planète, ni des visiteurs tels que nous pour obtenir votre complément en protéines. Vous devrez labourer, semer, récolter, élever du bétail, tous les jours du soir au matin, sans un moment de répit. Vous aurez mal au dos, vos mains seront calleuses. Fini le Farniente. Vous allez souffrir. Votre vie sera un enfer… » Sa voix résonnait d’une jubilation intense. « De plus, selon mon bon plaisir, vous dresserez des autels à mon effigie et à celle des serpents qui sont mes amis. »

A ce moment-là, les démons se regardèrent, interloqués. Manifestement, Lucifer se prenait pour quelqu’un d’autre. Comme ce n’était pas la première fois, ils soupirèrent discrètement. Que pouvaient-ils y faire ? Rien…

D’un fourré sortit discrètement le petit serpent corail aux yeux d’or. Malgré eux, toujours sous le poids du sortilège, les hommes verts furent propulsés au sol, à genoux devant lui. Un rictus mauvais s’imprima sur les lèvres de Lucifer tandis que le serpent ondoyait nonchalamment. Razibuth se tenait un peu de côté, et c’est vers lui qu’il s’orienta. Passant près de lui, il sourit et lui adressa un clin d’œil. Razibuth s’interrogea sur cette mimique curieuse, il lui semblait avoir appris que les serpents n’avaient pas de paupière… mais ils étaient sur une autre planète, alors…

Le serpent était satisfait. Devenir une idole respectée était une situation plus intéressante que celle de complément alimentaire protéiné dans l’estomac d’un homme vert.
Razibuth, lui, admirait la démonstration de puissance de Lucifer. C’était du beau travail, de la prestance, de l’autorité, de l’éloquence. Un vrai tribun, ce Lucifer. Il continuait d’ailleurs à donner des ordres pour organiser son culte aux hommes de moins en moins verts (même pas de peur, ni de rage), et de plus en plus terrorisés. Statues colossales de granit partout. Des offrandes tous les jours : fruits, or, pierreries… Des cérémonies tout au long de l’année…

« Si mes ordres ne sont pas exécutés, ma punition sera terrible ! » hurla Lucifer, rouge comme un homard plongé dans l’eau bouillante. Sa voix semblait jaillir des nuages noirs amassés au-dessus du village. Dans le silence qui suivit, dans la forêt ténébreuse l’écho répétait « terrible, terrible… ». Une impression d’apocalypse.

Razibuth considéra qu’il était temps d’agir.

Mais ceci est une autre histoire…


écrite pour les fanes de carottes
Partager cet article
Repost0
28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 07:17

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
quatorzième épisode


Razimus était un démon colérique, autoritaire, méchant, machiavélique : quatre bonnes raisons de chercher à savoir ce qui s’était passé et comment en tirer profit. Il arracha quelques grandes feuilles vertes à un arbre pour se camoufler, puis s’engagea sur la piste, marchant sans bruit, recherchant tous les indices.

Il revit le serpent corail aux yeux d’or, et lui sourit de toutes ses dents jaunes. C’était grâce à lui qu’il avait pris du retard et avait échappé à l’embuscade. Il eut l’impression étrange que le serpent lui rendait son sourire.

Il finit par arriver à une sorte de village vert olive, construit de branchages entrelacés, en lisière de la forêt. Des individus se déplaçaient, énormes, vert pomme, des êtres à la chlorophylle, comme le chewing-gum. Ils avaient des jambes comme des troncs, des bras en nombre, tels des branchages sur le haut du corps, pas de tête, mais une sorte de visage avec une grande bouche sur ce qui pouvait être leur torse.

Dans un coin se dressait un tas rouge. S’y entassaient Lucifer et les autres démons, ficelés, bâillonnés, inertes. Razimus jugea qu’ils devaient être assommés et décida d’attendre qu’ils reviennent à eux afin qu’ils puissent contribuer activement à leur libération. Il resta à couvert et observa les habitants du village. Ils rangeaient du matériel dans une hutte, rassemblaient du bois sec, préparaient des couteaux, de grands chaudrons… Il tendit l’oreille et, lui qui connaissait toutes les langues du cosmos, identifia quelques mots. Il était question de cuisson, de grande fête, d’invitation à lancer aux villages voisins.

Pendant qu’ils allumaient un grand feu et s’y rassemblaient, deux êtres passèrent à proximité de Razimus. Il entendit : « Ça nous apportera des protéines, ça nous changera de la chair de serpent et des gros verts blancs de l’écorce des arbres ».

Le message était clair, et Razimus (on n’a jamais dit qu’il était idiot) comprit rapidement le sort qui attendait ses compagnons. Bien sûr, ils étaient immortels, mais se faire découper en escalope, là, il y avait un problème.

Il vit à quelques discrets mouvements que certains captifs reprenaient conscience : un œil prudent – au beurre noir - s’entrouvrit ; une main entravée remua. Le tas informe rouge, et noir ou bleuâtre aux points d’impact des coups, s’agitait de plus en plus.

Razimus décida qu’il était temps d’agir. Un démon, quand il a atteint le 11ème échelon – signe d’ancienneté, d’expérience – possède des pouvoirs spéciaux. La technique qu’il préférait, il l’avait empruntée à Jupiter. C’était le coup de la tornade.

Il respira un bon coup pour se concentrer, ce n’était pas le moment de rater son effet. Il murmura quelques incantations en traçant des signes cabalistiques autour de lui. Aussitôt le ciel s’obscurcit.

Les géants verts regardèrent, craintifs, les nuages de plomb s’amonceler. Des éclairs jaillirent, des arbres tombèrent foudroyés, un toit s’enflamma. Les êtres verts disparurent dans la forêt en hurlant.

Razimus alla alors libérer rapidement ses compagnons. Comme par hasard, le dernier dont il s’occupa fut Lucifer. Il était encore à moitié groggy, son nez et sa corne gauche cassée témoignaient de la brutalité des combats.

Les plus valides soutenant les éclopés, ils coururent vers la piste qui menait au vaisseau spatial.Avant d’en refermer la porte, Razimus crut voir un serpent corail, enroulé autour d’une branche, qui riait de toutes ses dents aigues et dardait ironiquement sa langue bifide.

A l’abri, silencieusement, on s’épongea, se répara, reprit ses esprits et ses forces. Aucun démon n’osait évoquer leur piètre combat et son honteux résultat.

Lucifer était furieux. Il n’acceptait pas l’idée de s’être fait assommer sans avoir pu utiliser ses pouvoirs et d’avoir échappé de justesse à un découpage visant à le transformer en pièce de boucherie. Il ordonna le décollage immédiat du vaisseau et s’enferma dans une cabine. Quelques heures plus tard, il convoqua Razimus, le félicita et le remercia en le réintégrant immédiatement au 11ème échelon et lui réattribuant son nom de Razibuth. Il ne mentionna pas le fait qu’étant dégradé il n’aurait pas dû lancer d’incantation, et lui promit même une décoration.

Ne sachant pas où aller sans ordre de Lucifer, le vaisseau resta plusieurs heures en orbite autour de la planète. Tous ruminaient. Une force inconnue s’opposait-elle systématiquement à leurs projets ? Ce nouvel échec était difficile à accepter.

Dans son coin, Razibuth savourait l’idée de la raclée reçue par Lucifer. Il ne pouvait oublier un petit serpent corail aux yeux d’or. Dans son cerveau, un petit germe dépliait ses tendres feuilles et susurrait vengeance.

Mais ceci est une autre histoire…


écrite pour les fanes de carottes
Partager cet article
Repost0
26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 07:17

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
treizième épisode


Après plusieurs semaines de préparatif, le vaisseau avait enfin redécollé de la Terre. Auparavant, le cosmos avait été minutieusement inspecté, galaxie après galaxie, constellation après constellation, par des démons astrophysiciens. Cette fois, plus question de se poser au hasard sur une planète inconnue comme cela s’était produit au cours de la mission précédente. Une planète avait tout d’abord été identifiée au télescope, son atmosphère avait été analysée à distance et permettait la vie. Elle rayonnait d’une belle couleur verte.

Désormais toutes les étapes du vol étaient contrôlées par Lucifer lui-même, assis dans un somptueux fauteuil Voltaire recouvert de velours rouge, brodé de fils d’or et situé au centre du poste de pilotage du vaisseau. Maintenant qu’il était à bord, la musique n’était plus diffusée dans des haut-parleurs, mais au casque - Lucifer n’en portant pas, bien-sûr. Les démons restaient libres de leurs mouvements, le casque vissé sur leurs oreilles poilues, pas besoin des nouvelles technologies ou de wifi, la magie faisait ça très bien.

Razibuth, devenu Razimus, autrefois diable de 11ème échelon, autrefois responsable des expéditions, avait été rétrogradé. Depuis, honteux, il longeait les murs tête baissée, essayant d’échapper aux railleries de ses coéquipiers et aux basses vengeances de ceux qu’il avait maltraités lors de l’expédition précédente. Il n’était plus qu’un humble matelot du vaisseau spatial. Le volume sonore de son casque lui donnait une migraine qui lui picotait les yeux. Razimus avait perçu quelques sourires ironiques et gestes évocateurs d’autres démons laissant entrevoir que l’on avait trafiqué son casque.

Honteux, certes, mais surtout furieux envers Lucifer qui l’avait accablé de reproches au retour de la planète rouge, le rendant responsable de l’échec de cette mission. Pourtant, s’il n’avait pas ramené de damnés, c’est bien parce qu’il n’y en avait pas. Il n’y avait que des diables, truculents buveurs, gros mangeurs… (de chics types !), un hibernatus un peu trop au courant de ses droits, des esprits farceurs des sables…

Il ruminait. Lançant des regards rougeoyants de haine vers Lucifer, un petit germe commençait à déployer ses minuscules feuilles vert tendre dans son esprit. Un petit germe qui murmurait vengeance.

Un voyage éclair, défiant les lois de la physique, les avait menés à proximité de la planète verte, et le vaisseau spatial luciférien piquait maintenant sur elle tel un faucon sur un moineau fragile. Il se posa dans une minuscule clairière cernée par une forêt dense. Le nez collé aux hublots, l’équipage inspectait les alentours. Vert, tout était vert. « Vert comme l’espoir » chuchota un diablotin. Vert pâle des mousses, vert céladon des fougères, vert sombre des herbes raides, vert amande des lianes volubiles, vert émeraude du feuillage des arbres, des branches basses à la canopée.

Le sas fut ouvert et une chaleur humide, suffocante, les envahit. Les diables, pourtant habitués aux températures élevées de l’enfer, respiraient avec difficulté. Ils avaient laissé les scaphandres sur Terre, dans la mesure où l’atmosphère avait été jugée respirable. Et après tout, pour des démons, il n’y avait pas de risque mortel à respirer cet air saturé d’humidité, c’était juste une question de confort !

Lucifer donna l’ordre de débarquement puis de marche. Quelques secondes après leur sortie du vaisseau, ils se mirent à ruisseler de transpiration. Une gouttelette de sueur se balançait, scintillante, à l’extrémité de chacun de leurs poils. Quand ils se secouaient, ils éclaboussaient leurs compagnons comme des chiens qui s’ébrouent en sortant de l’eau. Une odeur atroce de matière végétale en décomposition leur agressait les narines.  Nombreux étaient ceux qui se pinçaient le nez.

Comme il était hors de question de désobéir à Lucifer, la troupe démoniaque, pourtant peu motivée, s’engagea dans la forêt. Les pieds fourchus des diables s’enfonçaient dans le sol spongieux. Des insectes aussi agressifs qu’affamés se jetaient sur eux, se faufilant entre les poils pour atteindre leur peau et la transpercer. Seule la vue de nombreux serpents de toutes les couleurs, de toutes les tailles, glissant silencieusement dans le feuillage, réjouissait les marcheurs. Les serpents, ça, c’étaient des amis. Des complices même. Ça leur ramenait des souvenirs en mémoire. Cette vieille histoire d’Adam et Eve. Que ne fait-on pas avec une pomme. Quelle époque plaisante. Il y avait aussi eu Caïn et Abel, un fratricide, quel régal ! L’histoire humaine avait eu un bon début.

Razimus, en arrière du groupe, se faisait discret, mais au fond, il jubilait : l’échec semblait probable. Il se laissait distraire par le récit des autres diables. Il en oubliait presque les difficultés de la marche, il se sentait mieux. Ses yeux se perdirent dans les frondaisons et il se laissa fasciner par ceux d’un serpent corail. Son regard d’or semblait plonger jusqu’au fond de son cerveau. Quand il se reprit, la troupe le devançait de plusieurs mètres.

Il voulut accélérer, mais sa queue qui battait l’air pour chasser les moustiques se coinça entre deux branches. Le temps de se dégager, les autres diables avaient disparu. Sa fureur revint avec violence. Il était seul et perdu.

Soudain, des hurlements. Des ordres secs et précis (Lucifer ?), des bruits de coups, puis le silence.

Razimus trébucha à plusieurs reprises sur des racines en voulant courir dans cette direction. Enfin il déboucha dans une trouée. Le sol était piétiné, jonché de traces de sang, de touffes de poils et de lambeaux de peau rougeâtre. Il y avait aussi quelques débris verts, dont un fragment dur ressemblant à une énorme dent couleur pistache.

Il réfléchit intensément. Qu’étaient-ils devenus ? Morts ? Mais non, les diables sont immortels. Capturés ? Probablement. Un petit rire nerveux l’agita : il était bien malin, Lucifer, il s’était fait piéger comme un débutant. Et maintenant, qui était le plus fort ? Qui allait devoir les sauver ?

 

Mais ceci est une autre histoire...


écrite pour les fanes de carottes
Partager cet article
Repost0
24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 07:15

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
douzième épisode


Peu à peu, les quatre vieux virent plus nettement ce qui approchait. C’était semblait-il un petit groupe d’individus bizarres. Puis ils purent voir des cornes, des vêtements déchirés, des pieds tartinés d’herbe et de bouse.

− Qu’est ce que c’est que ces guignols ? C’est pourtant pas mardi gras ? s’exclama l’Arsène.

− Z’ont peut être encore fait un bal costumé dans la gargotte de la mère Antoine, là bas sur la grand route ? Vous vous souv’nez, l’an passé, ils étaient tous saouls comme des bourriques. Et au petit matin, ils étaient venus, ils voulaient acheter du lait ou du fromage, hasarda la Paulette qui avait bonne mémoire.

− Bah, oui que j’m’en souviens ! Même qu’on les a mis à la porte, compléta son mari, rancunier.

Ces inconnus à l’allure louche ne leur inspiraient vraiment pas confiance. De plus, la première bouteille de vin, si agréablement dégustée, leur avait un peu échauffé les oreilles. Ils se sentirent menacés, attaqués même.

Le plus prompt à réagir fut le Simon. Gamin, il était le champion du village au lance-pierre. Il saisit un gros caillou, le lança avec une vigueur inattendue et fit mouche. Il en fut le premier surpris. Un diable poussa un hurlement de surprise si horrible que les quatre vieillards en frémirent.

− C’est pas un cri humain ça ! murmura la Paulette. Ça s’rait pas des extra-terrestres comme à la télé ?

− Même quand on l’égorge, le cochon fait pas un cri comme ça. Un cri de dément ! ajouta l’Arsène.

Ils n’avaient pas l’intention de se laisser apeurer par ces zouaves ! L’Ovide saisit une fourche qui était campée à l’entrée de la grange. L’Arsène ramassa, posé contre le mur près du banc, le gros bâton noueux dont il se servait pour arpenter les chemins du village. Le Simon chercha un autre projectile et constata la richesse qui s’étendait juste à ses pieds. Il remplit alors ses poches de graviers et de quelques beaux morceaux de briques ébréchées. Quant à la Paulette, elle brandit la bouteille vide, tous se levèrent et firent un pas vers l’ennemi.

Chat échaudé craint l’eau froide. Les diables s’arrêtèrent net. Encore traumatisés par l’attaque sonore des djinns de la planète jaune, les nerfs mis à vif  par la musique omniprésente dans leurs casques depuis des semaines, ils sentirent venir un nouveau cauchemar. Et malgré Razibuth qui leur ordonnait de serrer les rangs, tous firent demi-tour. Ils détalèrent : la route, la prairie en essayant de sauter par dessus les bouses de vaches et enfin le vaisseau. La musique plutôt qu’une nouvelle torture par les autochtones d’une planète, même si c’étaient des humains cette fois !

Razibuth, les voyant ainsi déguerpir, tenta de s’approcher encore un peu. Mais  les vieillards continuaient à avancer, menaçants, et une pierre effilée lui entailla le biceps. Il laissa alors ses épaules retomber et, d’un air déconfit, il reprit lui aussi lentement le chemin du vaisseau. Les oreilles basses, la queue en berne raclant le sol.

A bord du « Conquérant Infernal 666 », l’ambiance était détestable. Les membres d’équipage maudissaient Razibuth et ses idées stupides. Ils repartirent sans même attendre qu’il remonte à bord.

Razibuth, marchant sur la route, le vit décoller. Il allait devoir rentrer à pied, ou du moins aller de ce ‘milieu de nulle part’ à une zone plus habitée où il pourrait trouver un point de transfert vers les Enfers. Il commença à marmonner, fustigeant leur couardise, s’énervant contre ces diables qui avaient fui devant des hommes. Qu’allait-il dire à Lucifer ? Il se sentait déshonoré. Cette fois encore, la troupe qu’il commandait avait fui à la première escarmouche.

A Bellevue, le calme était revenu. Ovide, Arsène, Simon et Paulette discutaient toujours au soleil (quand il y en avait). La réputation de l’auberge de la mère Antoine avait encore baissé. Claudette avait eu un beau petit garçon. Le mariage avait beaucoup fait parler, comme prévu.

Quand Razibuth rentra enfin, l’Enfer était agité. Une odeur de bouse planait, fâcheux rappel de leur mésaventure. Et surtout, Lucifer était bel et bien furieux.

 

Mais ceci est une autre histoire…


écrite pour les fanes de carottes
Partager cet article
Repost0
22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 07:12

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
onzième épisode


Razibuth cherchait comment effacer la honte de cette nouvelle fuite précipitée. Depuis cette retraite désastreuse, il avait des cauchemars peuplés de djinns hurlants et se réveillait angoissé et furieux tout à la fois.
Enfin une idée lui vint, et avant de regagner l’Enfer, il ordonna un petit détour, non pas sur une planète inconnue, mais sur la Terre. Il y connaissait une région éloignée de tout. Là, affirma-t-il à l’équipage, ils trouveraient des âmes qu’ils pourraient emmener sans que Dieu s’en aperçoive. C’était un kidnapping d’âme, en quelque sorte, mais Razibuth était prêt à tout pour repeupler l’Enfer, et ne pas se faire déchiqueter par Lucifer.
Sous sa direction, le « Conquérant Infernal 666 » se posa dans un petit coin de campagne. Les diables sortirent du vaisseau spatial, appréciant la température clémente, respirant un air revigorant. Ils étaient dans une vaste prairie verdoyante, fleurie de nombreux pissenlits et entourée de haies couvertes de fleurs blanches délicatement parfumées. Des vaches paisibles les regardaient en ruminant. Une grande paix se dégageait de ce paysage.
« Commençons par sortir de nulle part en allant tout droit. On finira bien par retrouver la route que nous avons vue avant d’atterrir, puis en la suivant nous irons vers les quelques fermes isolées que nous avions repérées », ordonna Razibuth.
Pourquoi des ordres aussi simples s’avéraient-ils si difficiles à exécuter ?
D’abord traverser la pairie. Soit. Rien de bien insurmontable. Mais l’herbe haute et drue dissimulait d’épaisses et odorantes bouses de vache. Aucun démon n’échappa à leurs traîtres pièges visqueux.
Pour accéder à la route, il fallut franchir la haie. Une haie si belle… si hérissée d’épines d’une longueur et d’une rigidité redoutables. Quelques tentatives plus tard,  une fois leur peau bien déchirée, et bien écorchée, Carmangénino (toujours lui !) se dit qu’il devait bien y avoir une porte, un passage pour que les vaches puissent entrer ou sortir de ce pré. Il chercha… et trouva.
La troupe des diables furieux de ce début d’expédition douloureux déboucha sur une route étroite et sinueuse. Ils s’y engagèrent, longeant toujours de nouvelles prairies aux couleurs riantes bordées d’aubépines. Et partout, des vaches. Toujours des vaches noires et blanches. Mais pas un être humain. Pas un clocher à l’horizon.
Enfin, après une marche qui leur parut interminable, ils atteignirent le hameau. « Bellevue » disait un panneau routier rouillé et percé de trous faits par des plombs de chasse.
Une rivière guillerette, un pont, des granges, quelques maisons. Globalement tout était en ruine, volets fermés et carreaux cassés. Encore un coup pour rien, le lieu semblait abandonné. Mais soudain, là bas, encore loin d’eux, des hommes !
L’Ovide, l’Arsène, le Simon, octogénaires bien conservés, se chauffaient au soleil, assis sur un banc. La Paulette, elle, était descendue à la cave leur chercher une deuxième bouteille de vin pour calmer leur soif printanière. Ils étaient là depuis le début de l’après-midi, heureux de retrouver le soleil et leurs habitudes après un long et rude hiver et un printemps pourri. Ils avaient eu le temps de commenter les nouvelles du monde, du pays et surtout celles du hameau et des bourgs voisins.
− La Claudette au George, elle va marier le garçon de la scierie. Un mariage qui va épater tout le canton, annonça La Paulette en remontant de la cave. Elle était toujours bien informée de ce genre de chose, grâce à la marchande de pain qui faisait sa tournée tous les matins.
− On dit qu’elle attend un petit, ajouta le Simon, qui avait discuté la veille avec la factrice.
− Les jeunes de maintenant…
− Ils sont bien pressés…
− Ah, de notre temps…
− Oué, de notre temps…, soupirèrent-ils en chœur.
Tout occupés à discuter, ils n’en surveillaient pas moins la route en attendant le passage de la factrice, histoire d’avoir des nouvelles fraîches des bourgs voisins. Ce ne fut pas la vieille camionnette jaune un peu bringuebalante qu’ils virent arriver au loin, mais une masse noire et rouge encore assez peu distincte. Pas la bonne couleur, pas assez rapide pour la factrice.

Mais ceci est une autre histoire…

écrite pour les fanes de carottes
Partager cet article
Repost0
20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 07:12

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty

dixième épisode


Razibuth, commandant arrogant du « Conquérant Infernal 666 » le dirigeait désormais avec témérité. Il prenait de plus en plus de plaisir à la Navigation Spatiale et à l’Aventure. Il se comparait volontiers à un corsaire partant à l’abordage d’un galion espagnol chargé d’or, et il filait avec la même fougue vers une planète potentiellement habitée de futurs damnés. Dans ce fol enthousiasme, il en oubliait totalement qu’il était sur le trajet du retour vers la terre après un cuisant échec : il n’avait pas trouvé de damné à ramener aux enfers. Et pour cause, il se propulsait vers un astre dont la couleur augurait de bons résultats. Des âmes noires de péchés atroces peut être pas, mais beaucoup plus sûrement de l’or. Cette planète brillait si fort que seul de l’or, beaucoup d’or, pouvait lui donner cet éclat.

Razibuth durant la phase d’approche se prit à rêver de fleuves charriant des pépites grosses comme des crânes. L’équipage partageait visiblement ses espoirs, car dès que le vaisseau se fut posé, tous se précipitèrent à l’extérieur, se bousculant, s’écrasant les uns les autres, puis dégringolant pêle-mêle sur le sol. Quel bel entassement de rouge et de noir, de cornes, de boucs, de queues velues et de sabots fourchus !

Mais aussitôt ils se mirent à hurler. Les diables se démêlèrent bien vite, chacun identifiant ses propres abattis. Ils avaient perdu leurs illusions : point d’or mais du sable à perte de vue, étincelant de ses millions de milliards de paillettes de mica et de cristaux de quartz. Du sable partout, en hautes dunes qui ondulaient sans fin.

« Explorons cette planète », ordonna Razibuth, « et inutile de vous plaindre de la chaleur, en Enfer, vous en avez l’habitude. »

L’équipage, démoralisé, se mit en marche. S’enfonçant, dérapant sur le sable inconsistant. Escaladant puis descendant les dunes sur leur fessier satanique. Remontant, redescendant… La troupe diabolique grondait dans le dos de Razibuth. L’enfer si lointain leur semblait un paradis à coté de ce qu’ils subissaient sur cette planète jaune. Tout ça pour rien, ni or, ni damné à l’horizon. Pas un animal, pas un végétal. Que du sable.

Et pourtant ils n’avançaient pas, le vaisseau restait en vue. La marche se poursuivit, les démons transpiraient, l’ambiance était à la rébellion. Enfin, au sommet d’une dune péniblement gravie, ils découvrirent un paysage différent : un plateau rocailleux.

« C’est un reg », dit un diable cruciverbiste. « Nous avons traversé un erg, et là, c’est un reg ».

« On s’en fout », s’entendit-il répondre.

Mais dans l’air tremblant, ils aperçurent un troupeau de grands animaux noirs, à l’arrêt, éparpillés dans cette zone rocheuse. La progression devint plus facile sans ce sable si traître sous les sabots fourchus. Ils purent vite constater que c’étaient de grands oiseaux au corps trapu, dotés d’un bec gigantesque qu’ils abaissaient vers le sol, puis relevaient, et abaissaient à nouveau. Que pouvaient-ils bien picorer ?

En silence, ils s’approchèrent des volatiles. Ceux-ci ne s’envolèrent pas, et les diables étonnés purent même les toucher. Ceux qui essayèrent retirèrent leur main bien vite, les doigts brûlés au contact du métal surchauffé.

« Des shadocks ! » s’exclama un diable qui en profitait pour regarder la télévision quand il allait tenter un époux dans une famille. « Des shadocks qui pompent pour extraire le pétrole » expliqua-t-il. Et il ajouta, tout bas : « Et il y a aussi des gibis ». Les autres, moins bien informés, le regardèrent éberlués.

Razibuth, une fois de plus furieusement jaloux de constater qu’un subalterne en savait plus que lui, houspilla le beau parleur... Une fois de plus il s’agissait de Carmangénino, ce qui attisa encore plus sa haine. Il se défoula ainsi de la rage accumulée contre cette planète. Puis il donna l’ordre de retourner au vaisseau spatial.

La troupe, retrouvant alors un peu d’énergie, retraversa le reg, puis l’erg immense avec ses grimpettes et descentes.

Soudain ceux qui avaient les plus grandes oreilles, ou le moins de poils raides et noirs dans celles-ci, entendirent un grondement sourd.

« Étrange ce grondement. »

« C’est pas un grondement, c’est un ronflement, je te dis. »

« Non, c’est un crépitement. »

« Mais non, c’est un martèlement. »

Razibuth, lui, pensait davantage à un halètement, voire un souffle expulsé par des naseaux monstrueux. Le bruit indescriptible et perçu différemment par chacun les mettait au moins d’accord sur un point : il s’amplifiait. Ils s’arrêtèrent brièvement pour écouter puis, terrorisés, prirent leurs jambes à leur cou. Ce fut alors le ricanement lugubre d’une meute de hyènes lancées à leurs trousses qui retentit. Certains démons n’avaient jamais couru aussi vite depuis des millénaires. Ils s’envolaient presque au dessus des dunes, poursuivis par le meuglement ou le feulement. Ils en oubliaient la brûlure du sable. Ils s’engouffrèrent dans le vaisseau qui décolla aussi vite que la magie démoniaque le permettait.

Par le hublot, Razibuth tenta d’apercevoir le monstre lancé à leur poursuite, mais il ne vit rien. Rien que du sable jaune, des dunes jaunes brillant au soleil…

Reprenant son souffle, il essaya de retrouver un peu de dignité. Il ne s’était pas montré un chef très habile. La soif de l’or les avait aveuglés, ils auraient dû explorer avec le vaisseau. Il ne s’était pas non plus montré très courageux. Malgré son âge, il avait fui aussi vite que les autres. Certes, ce n’était pas mal sur un plan sportif, mais indubitablement, c’était peu glorieux pour un fier conquérant comme lui. Qu’allait dire Lucifer face à ce nouvel échec ?

Pendant le voyage, le diable cruciverbiste continua à réfléchir à ce qui leur était arrivé. Un mot petit à petit s’imposait à lui… « Les Djinns ! » s’exclama-t-il soudain ! « Nous avons été les jouets de ces esprits malins des déserts ! »

Razibuth frissonna. Avaient-ils rencontré plus maléfique qu’eux ? Cependant, personne ne devrait pouvoir égaler les démons de l’Enfer, ni même les effrayer… Quelle humiliation… Cette fois, Razibuth en était certain, ça allait barder pour lui lorsqu’ils arriveraient en Enfer.

 

Mais ceci est une autre histoire…


écrite pour les fanes de carottes
Partager cet article
Repost0
18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 07:12

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
neuvième épisode

Razibuth dirigeait toujours le vaisseau spatial dans l’immensité monotone du cosmos. Le trajet de retour avait été amorcé, suite à la visite de la planète rouge.

Il somnolait à son poste de commande quand soudain, sur ses écrans, se dessina la silhouette d’une petite planète. Peu après, l’atterrissage s’y fit en douceur et le sas s’ouvrit sur de l’air pur. Le démon s’immobilisa émerveillé. Au dessus de lui, d’un horizon à l’autre se dessinait dans le ciel un gigantesque arc-en-ciel. Il était si vaste qu’il n’arrivait pas à en appréhender toutes les nuances. Il baignait dans un kaléidoscope fantasmagorique sous l’infini du ciel bleu.

Un soleil, dans une course accélérée, en éclairait tour à tour toutes les vibrations. Il projetait vers le sol un rouge profond, puis un orange sanguin s’acidifiant de jaune citron, qui finissait par se fondre dans un vert végétal, lequel virait au bleu marin et enfin s’abîmait dans les sombres profondeurs de l’indigo et du violet.

Le sol éblouissait de milliers de fleurs, une verdure resplendissante, du frais cresson bleu, des ombelles d’un blanc éclatant, des calices d’or…

Les roches elles aussi participaient à cette féerie, juxtaposant la craie blanche, les calcaires ocre, les grès roses, les ardoises vertes et violettes et les schistes lie de vin.

Razibuth, habitué à l’obscurité des cavernes infernales, ne cessait de cligner des yeux, ébahi par une telle débauche de couleurs.

Soudain surgit devant lui un homme jeune à la silhouette élancée, l’allure hardie, le regard conquérant. Ses cheveux s’agitaient dans le souffle du vent, il avançait les mains dans les poches, une pipe à la bouche. Il se dégageait de lui un petit quelque chose de sauvage et farouche, indomptable, insaisissable… une expression s’imposa à l’esprit de Razibuth : « un homme aux semelles de vent ».

L’homme lui parla alors : « Je suis Arthur, je marche, je rêve, je respire les couleurs, je les écoute et les transpose en mots, en sons et en images. Et toi, qui es-tu ? Qui es-tu, toi qui as pénétré dans ma tête et vu mes pensées ? »

Razibuth ne comprenait plus rien, son crâne semblait bouillonner, son sang vrombissait dans ses oreilles. Sa peau virait de teinte, écumant les rouges les plus violents et les noirs maléfiques. Il était pris d’une incompréhensible fureur, et se retrouvait incapable de répondre à cet étranger.

Il sursauta et s’éveilla.

« Arthur ? »

Reprenant pied dans la réalité, il soupira. Quel rêve étrange ! Un peu hagard, il se pencha vers ses écrans de contrôle pour poursuivre la surveillance.

Mais ceci est une autre histoire…

écrite pour les fanes de carottes

 

Partager cet article
Repost0
16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 07:55

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
huitième épisode

 

Après de longues palabres, des anciens furent appelés à témoigner. Ils se souvenaient d’un très très très vieil épisode de l’histoire démoniaque. Avant le déluge. Un conflit entre démons très puissants, une hérésie, une crise pour prendre le pouvoir. A la suite de cela, un groupe de diables avait quitté l’Enfer terrestre et accompli une longue migration qui les avait conduits sur cette planète. Ils s’y étaient installés confortablement, creusant des galeries et rejetant les déchets en surface.

« Et maintenant que faites-vous ? » demanda Razibuth.

« Rien ! Nous n’avons aucun damné, alors il n’y a rien à faire. Nous jouons aux cartes, ou à d’autres jeux de société. Nous nettoyons les galeries, entretenons le feu et tout le matériel. »

Razibuth songea que ce genre d’existence devait être bien ennuyeux. C’est long l’éternité.
Comme ils étaient tous heureux de cette rencontre, ils décidèrent de fêter ces retrouvailles. Les démons terrestres et extra-terrestres dressèrent de longues tables et le temps d’un claquement de doigt, elles se couvrirent en abondance des victuailles les meilleures : foie gras de canard du Périgord, volailles de Bresse truffées, huîtres de Marennes, coquilles St Jacques à la nage, homards… Le tout accompagné des vins les plus raffinés : Bordeaux, Bourgogne et Champagne. Des cigares de La Havane furent offerts. Une petite dose de magie, et on obtenait tout ce que l’on voulait. Etre un diable facilitait bien des choses.

L’ambiance était très décontractée. Certains s’autorisèrent même à chanter. Toute la tablée reprit en cœur des chansons paillardes et quelques cantiques . Razibuth, encore plus écarlate que d’habitude, des arcs électriques jaillissant entre ses cornes, se prit à hurler « Salsa du démon, tsoin-tsoin, salsa du démon ».

La soirée fut très longue, la nuit agitée, la digestion difficile.

Enfin le lendemain, il fallut bien se quitter. Les diables extra-terrestres ne voulaient pas abandonner cette planète où ils vivaient si bien. Ils expliquèrent qu’ils étaient, eux, très satisfaits de ne pas travailler. Ils appréciaient aussi de ne plus avoir de caste ou de hiérarchie pour imposer des règles. Chacun pouvait faire ce dont il avait envie. Les tortures leur manquaient bien un peu, mais aucun ne regrettait l’Enfer terrestre.
Pendant les adieux, Razibuth se sentit tout mou et dut faire des efforts pour retrouver un air martial et donner l’ordre d’embarquement à l’équipage. Il ne savait plus très bien où il en était. Heureux de cette visite sur la planète rouge ? Bien sur. Triste de la quitter ? Aussi. Ces diables extra-terrestres étaient bien sympathiques. Mais surtout, il était très inquiet. Il avait des sueurs froides en pensant au rapport qu’il allait devoir faire à Lucifer. Celui-ci considérerait l’expédition comme un échec, un de plus. Et lui, le chef de cette mission, serait sanctionné.

Et cette fichue chanson qui lui trottait dans la tête et l’empêchait de réfléchir. Ça l’énervait, l’énervait.

Alors que le vaisseau décollait, un message parvint de l’état-major général de l’Enfer terrestre : « Hibernatus, éternel à ses dires, s’avère insensible à tous les tourments de l’Enfer. Rien ne l’atteint, rien ne le blesse. De plus, il hurle sans interruption par télépathie que son kidnapping est illégal au vu des lois intersidérales, qu’il veut un avocat et d’importants dédommagements. La puissance de ses ondes psychiques est telle que les diables, pourtant habitués aux cris des torturés, souffrent tous de migraines atroces. Les perturbations qu’il induit ont conduit Lucifer à décider de son renvoi sur sa planète d’origine ».

A la lecture de ces informations, Razibuth s’effondra. Qu’allait-il devenir ? Comment allait-il être accueilli sur terre ?

Mais ceci est une autre histoire…

 

écrite pour les fanes de carottes

Partager cet article
Repost0
14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 07:05

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
septième épisode

 

Le vaisseau satanique transperçait l’espace. Soudain, un astre se dessina sur les écrans de contrôle. Razibuth, diable de 11ème échelon bientôt hors cadre (espérait-il), commandant en chef de l’expédition, donna l’ordre de s’y poser. Le sol plat était vermillon, le ciel écarlate ponctué de nuages incarnat.

L’analyse de l’atmosphère leur indiqua qu’ils pouvaient sortir sans leur scaphandre. Dès l’ouverture du sas, tous les membres de l’équipage purent ainsi se réjouir bruyamment de respirer une atmosphère brûlante saturée d’une odeur d’œuf pourri. Ils retrouvaient avec un plaisir innocent les sensations familières de l’enfer, leur utérus maternel. Ils savouraient également la joie de quitter à nouveau l’environnement musical qui était le leur depuis déjà bien trop de jours.

Grâce à la gravité réduite, ils sautaient comme des enfants, parcourant une longue distance d’un seul bond. Leur enthousiasme était désarmant.

Razibuth dut les rappeler à l’ordre et les regrouper pour partir à la recherche d’êtres vivants, donc de pêcheurs potentiels. Mais quelle que soit la direction dans laquelle ils regardaient, ils ne voyaient rien bouger. Tout était rouge et immobile. Cependant leur regard fut attiré par des monticules coniques, d’une dizaine de mètres de hauteur sur vingt mètres de diamètre au sol, de structure granulopoudreuse, parsemée de gros blocs rocheux rouge sang de dragon.

Carmangénino, faisant à son habitude preuve d’audace intellectuelle et théologique, s’en approcha et découvrit une sorte de cavité à la base de l’un d’eux. Il y pénétra sans attendre l’ordre du chef, puis appela ses compagnons. « Un tunnel, un tunnel. Venez vite ! »

Tous se précipitèrent. Pour Razibuth, il s’agissait de reprendre en main la direction des opérations, et vite. Il n’allait pas laisser un jeunot de 3ème échelon diriger à sa place. Il se précipita donc légèrement plus vite que les autres de manière à arriver le premier. Il rappela Carmangénino vers l’entrée, comme on réprimanderait un enfant qui aurait fait une bêtise à l’école. Arrêta d’un geste les autres diables qui faisaient mine de vouloir s’engager dans l’entrée. Intima le silence et se donna un air important en inspectant les parois, et reniflant l’atmosphère. Et ils durent attendre qu’il en donne l’ordre pour s’enfoncer dans une large galerie, bien droite, et de section régulière.

Au fur et à mesure de leur progression, les démons notaient une augmentation de la température, ce qui ne leur déplaisait pas du tout. Le groupe d’abord relativement discipliné prit peu à peu ses aises.

Ils ne tardèrent pas à marcher gaiement tout en se livrant à des suppositions et même à des paris. Qu’allaient-ils découvrir ? Le diablotin amateur de science-fiction cita à nouveau son auteur fétiche. Selon lui, dans Starship Troopers, des galeries du même genre abritaient une colonie d’insectes très agressifs qui tuaient les humains : les redoutables punaises. Renchérissant sur cette hypothèse, chacun imaginait les habitants des lieux (taupes, lombrics géants, trolls, cyclopes ?) ou l’usage de ces galeries (repaire de monstres, mine d’or ?). La plupart s’accordaient sur l’idée qu’il devait y avoir une cité souterraine surpeuplée (car il avait fallu une main d’œuvre abondante pour creuser de telles galeries). Cette dernière hypothèse plaisait à Razibuth. Il cogitait : s’il y avait beaucoup de personnes, il y avait aussi forcément des conflits divers, des vols, de grosses bagarres sanglantes, des meurtres, des guerres ! Il en frétillait de joie. Il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas été aussi content. Quel bonheur ! Grâce à lui, ils allaient repeupler les enfers d’un grand nombre de damnés échappant à la juridiction terrestre et divine. La gloire en rejaillirait sur lui, le chef de l’expédition. Surement, il allait passer hors cadre. Il serait même décoré de l’ordre du mérite infernal.

Les diables continuaient à s’enfoncer dans la galerie et la chaleur croissait toujours d’avantage. Ils entendaient maintenant un sourd grondement, un souffle puissant, et soudain ils débouchèrent dans une salle gigantesque. Stupéfaction ! Ils étaient anéantis. Ils avaient devant eux un feu immense, des flammes hautes comme des baobabs et, s’activant autour d’un foyer, des diables, nombreux, cornus, poilus, rougeauds, tout comme eux. Ils étaient dans un enfer et les démons indigènes leurs rendaient des regards tout aussi éberlués. Razibuth se décida à intervenir. Il fallait communiquer. Mais quelle langue utiliser ? Il y en avait tellement dans le cosmos. Il adopta instinctivement le dialecte propre à l’enfer terrestre et il fut compris ! Ils parlaient la même langue !

 

Mais ceci est une autre histoire…

 

 

écrite pour les fanes de carottes

Partager cet article
Repost0