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InTheBlob

ce truc est mon blog.. qui l'eut cru!
il contient :
- des trucs et des n'importe-quoi dans la catégorie En Folie,
- des photos et des dessins dans In Plano
- des articles de lecture dans les différents In Folio
- des amusements littéraires dans In Quarto
- des articles sur la musique dans In Octavo
- des recettes de cuisine dans In Douze (parce que midi, c'est l'heure !)
- des articles de cinéma dans In Seize (Neuvième)
- des articles de science et de fiction dans In Dix-Huit (parce que c'est le format suivant)

Voilà, vous êtes prévenus.

Inthepast

12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 21:54

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
sixième épisode

 

Ils posèrent le vaisseau démoniaque au loin pour ne pas effrayer cet unique être vivant, faisant fondre une nouvelle portion de glace. Tandis que le vaisseau reprenait l’air, ils marchèrent dans sa direction en une procession frigorifiée. La créature avait une allure vaguement humaine, une tête, un œil, un bras, deux jambes disposées étrangement. Pas de bouche. Dommage, on ne l’entendrait pas crier en le torturant.

Sondant son esprit, Razibuth lui parla. Il semblait être le seul habitant de cette contrée, il n’en avait rencontré aucun autre et pourtant il vivait là depuis… Jamais, toujours, le temps, des notions qui n’avaient guère de sens pour lui puisqu’il était éternel. Il n’était ni homme, ni femme, il était un et cela suffisait. Son corps se nourrissait de neige qu’il captait par ce qui finalement ne devait pas être un œil, et il l’éliminait par évaporation.

Pêcher ? Il ignorait ce mot. De même que colère, envie, gourmandise. Mentir. A qui ? Tuer. Qui donc ? Trouver des concepts communs était laborieux. L’Enfer. Il ne mourrait pas, la question ne se posait même pas.

Razibuth s’énerva. Il cherchait à lui faire avouer une faute, une que Dieu ne pourrait pas pardonner. Une faute qui permettrait de l’expédier en Enfer sans contestation possible. Mais rien. Rien. Cet Hibernatus n’avait rien à se reprocher.

Le diablotin qui avait suggéré ces explorations, voyant Razibuth perdre son sang chaud et ses pieds s’enfoncer un peu trop nettement dans la glace, se permit d’intervenir. Il rappela que Dieu n’avait parlé de pardonner qu’aux humains, Il n’avait pas son mot à dire à propos de cette planète glacée et de son unique habitant, qui sortaient de sa juridiction. D’ailleurs, Dieu n’avait très probablement créé ni l’un ni l’autre, elle devait être l’œuvre d’un autre hurluberlu qui, lui, visiblement, n’avait que faire d’assujettir son engeance. L’argumentation, une fois de plus, était convaincante. Tellement que Razibuth nota mentalement le nom de ce petit jeune qui avait trop de trop bonnes idées. Il ne s’agirait pas qu’il montre trop vite en hiérarchie, ce comment déjà ? Carmangénino… 

« Il faudra se renseigner, consulter l’Internet pour trouver de la documentation sur la création. » Razibuth, qui était apparu un peu plus tard et ignorait certains détails, commençait à se sentir perdu dans toutes ces questions métaphysiques

L’idée faisait son chemin dans l’esprit de ses compagnons. On allait pouvoir l’expédier en Enfer sans souci. Ce serait très intéressant d’essayer de le rôtir ou de l’ébouillanter dans l’huile. Avec lui, il faudrait innover : nouveaux concepts, nouvelles méthodes. Un cas passionnant !

Ainsi fut fait, l’homme des glaces fut expédié d’un claquement de doigt en Enfer.

Razibuth et les autres diables se félicitèrent. « C’est un bon début. » « Il faut démarrer doucement, ainsi, on ne peut que progresser… »

Totalement frigorifiés mais optimistes, ils regagnèrent le vaisseau, oubliant un instant qu’en remontant dans le vaisseau, ils allaient retrouver l’infernale musique. Razibuth de son coté pensa qu’il allait pouvoir passer hors cadre : belle promotion.

Et ils reprirent leur exploration.

 

Mais ceci est une autre histoire…

 

 

écrite pour les fanes de carottes

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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 07:52

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
cinquième épisode

 

Le vaisseau démoniaque filait maintenant dans l’espace. Il se déplaçait à une vitesse supérieure à celle de la lumière car les diables n’avaient rien à faire des lois de la physique. A son bord, tous les démons étaient à leur poste, concentrés. Ils n’avaient pas peur, ils ignoraient la maladie et les blessures physiques, mais la pression psychologique était énorme.

Les fonctions de commandement avaient, forcément, échu à Razibuth, le plus haut gradé à bord. Horreur ! Il surveillait toutes les opérations et ruminait de sombres pensées. Il fallait trouver rapidement une planète de pêcheurs confirmés et repeupler l’Enfer pour rentrer au plus vite et faire cesser cette musique lancinante. Malheur ! Il mourait d’impatience d’atteindre la première planète qu’ils devaient explorer.

En attendant, sa première décision fut de désigner un démon bricoleur pour tenter de localiser et de neutraliser l’appareil qui diffusait ces rengaines exaspérantes.

 

Le vaisseau frôla une petite planète sur laquelle poussait un rosier très agressif aux longues épines. Il défendait la seule rose qui y avait éclos, incroyablement belle avec ses pétales pourpre.

Quelques instants plus tard, ils dépassèrent un tout petit astéroïde que les détecteurs ne repérèrent pas. Ils ne virent donc pas le réverbère éteint au pied duquel dormait un petit être tout habillé de jaune, une longue canne à coté de lui. Cependant, le passage du vaisseau accéléra imperceptiblement sa vitesse de rotation.

 

Enfin leurs instruments repérèrent une planète toute bleue dans un système lointain et ils se dirigèrent dans cette direction. Qui dit bleue, dit eau. Qui dit eau, dit vie. Tous les espoirs étaient donc permis.

Le vaisseau réussit son approche et se posa sans difficultés. Mais aussitôt, il se mit à osciller comme s’il était saoul, quelque chose n’allait pas. Une analyse de l’atmosphère, révélant sa pauvreté en oxygène, incita les diables à enfiler leurs scaphandres. Puis ils ouvrirent le sas pour constater que le vaisseau tanguait sur de l’eau comme un vulgaire canard en plastique dans une baignoire. Devant eux s’étendait à perte de vue un immense territoire complètement gelé… sauf sous le vaisseau où la chaleur avait fait fondre la glace.

Mais au moins dehors, il n’y avait plus de musique. Ca valait le coup d’y rester le plus longtemps possible, à repérer les environs.

Cependant les diables claquaient des dents, ils avaient horreur du froid. Ils ne connaissaient que la chaleur infernale et n’avaient pas prévu d’emporter des bottes fourrées et des doudounes. Razibuth souffrait terriblement et ne tarda pas à avoir des envies de trouver un responsable à son malheur. Comme le diable chargé de l’intendance avait lui aussi eu la joie d’être désigné volontaire pour le voyage, Razibuth l’avait sous la main. Il put donc assouvir sa soif de torture, tant mise à mal depuis qu’il n’y avait plus de damnés en enfer. Repérant le scaphandre qui l’intéressait, il bloqua la vanne contrôlant l’arrivée d’air, et commença à insulter le diable. Tandis que celui-ci commençait à étouffer, Razibuth le renvoya à bord du vaisseau et lui ordonna de se placer sous un haut parleur jusqu’à nouvel ordre.

Puis, Razibuth, un peu réchauffé après cette montée de colère, s’intéressa à nouveau à la planète. Où étaient les habitants ? Pas un pingouin, pas un ours blanc à l’horizon. Encore moins de créature potentiellement pécheresse. Razibuth, qui était un peu faible en géographie, valida la suggestion d’un diablotin d’aller vers le Sud. « Il y fait probablement plus chaud » avait-il ajouté – ce qui avait convaincu tout le monde.

C’est ainsi que commença l’exploration de la première planète, rythmée par l’exaspérant flonflon qui n’avait pas encore pu être maîtrisé. Pendant des jours, ils survolèrent à vitesse supra-lente la surface de l’astre, ne rencontrant personne. Toujours et encore, ce n’était que grandes étendues blanches, sans relief. La monotonie à l’état pur. Enfin, ils aperçurent un être vivant.

 

Mais ceci est une autre histoire…

 

écrite pour les fanes de carottes

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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 07:45

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
quatrième épisode

 

L’organisation de cette expédition ne fut pas une mince affaire. Les démons, déjà bien surmenés, furent soumis à une pression encore plus importante. Il en allait de la perpétuation de l’Enfer. Le gagne-pain des démons était en jeu ! Horreur !

Lucifer, revenu de manière impromptue pour superviser les préparatifs, confisqua les casques auditifs et autres chewing-gums et monta le son, puis il partit rendre visite à un dictateur qui lui laissait mener quelques tortures et interrogatoires musclés. Il laissa aux diables de 11ème et 12ème échelon le soin de mettre en place un cabinet d’étude pour faire les plans d’un vaisseau, et gérer l’approvisionnement des matières premières qui seraient nécessaires.

Un diablotin amateur de romans ignifugés suggéra, selon l’un de ses auteurs favoris, Heinlein, l’emploi de scaphandres pour pouvoir explorer les planètes. Malheureusement son projet de leur installer un système de propulsion à fusée comme dans son ouvrage de référence ne put se faire faute de temps. Les diables supérieurs préférèrent, sur la suggestion de Razibuth, s’inspirer de l’équipement de Tintin, ouvrage qui lui au moins avait des images dont on pouvait s’inspirer.

Malgré la pression sonore, la construction du vaisseau et des scaphandres fut un délicieux moment de relaxation. Sans damnés à rôtir, les feux qui devenaient maigrelets reprirent du service, transformant les Enfers en fonderie : les grands brasiers rugirent, diablotins et autres démons en faisaient jaillir d’immenses flammes pour travailler le métal en fusion et fabriquer les pièces. Quant à Razibuth et aux diables supérieurs, ils laissèrent les autres travailler, ils n’étaient pas là pour ça. Ils devaient gérer des contingences matérielles d’intérêt hautement supérieur : les joints en caoutchoucs qu’ils s’étaient fait livrer avaient fondu avant même d’avoir pu être installés.

 

Quand tout fut assemblé, le vaisseau fut présenté à Lucifer, que l’espoir rendit généreux : les salsas démoniaques continueraient à être diffusées tant que l’Enfer ne serait pas repeuplé, mais il ramena le volume de la sono à son niveau premier. Et il s’assura consciencieusement que la musique serait diffusée aussi à l’intérieur du vaisseau, un peu plus fort toutefois car la motivation à bord devait rester à son comble. Puis, avec un sourire narquois, il désigna quelques volontaires pour partir en expédition.

Razibuth écouta avec un sentiment d’horreur croissant s’égrener les noms des explorateurs, se triturant les mains à leur énonciation par échelon croissant, se tordant une griffe après l’annonce du départ d’un diable du 10ème échelon. Il se rasséréna quand Lucifer interrompit là son énumération et, après avoir jeté un regard à la ronde, s’avança vers lui. « Très bonne idées ces scaphandres ». Razibuth se détendit tout à fait et accueilli le compliment avec un sourire dévoilant toutes ses dents jaunes. « Vous allez pouvoir les essayer en conditions réelles. » Razibuth s’arracha alors dans un mouvement nerveux incontrôlé ladite griffe. Son visage fut furtivement marqué d’une petite grimace de douleur. Ou était-ce un tic nerveux ? Malheur ! Il aurait préféré une promotion.

 

Les membres de l’expédition eurent juste le temps de regrouper quelques affaires avant d’embarquer dans le vaisseau spatial, qui décolla alors dans de grandes gerbes de feu pour un long voyage…

 

Mais ceci est une autre histoire…

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 07:45

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
troisième épisode

 

C’est ainsi que le calvaire commença. Le silence inquiétant qui régnait sur les Enfers depuis la décision divine fut troublé par des piaillements atroces. Horreur ! Pour motiver ses troupes à fournir des idées lumineuses et brillantes, Lucifer installa une sono qui diffusait en boucle des titres joyeux et dansants tels que « La salsa du Démon », « L’île aux enfants » ou « Un monde parfait ». Il ne les arrêterait que lorsqu’une solution serait trouvée. Insupportable. Notre diable de 11ème échelon, Razibuth, avait bien des raisons de se plaindre.
Lucifer, lui, annonça qu’il prenait quelques semaines de congé au Brésil chez un ami. Qu’on vienne lui soumettre sur son yacht toutes les idées qui surgiraient et qui seraient jugées recevables par les démons d’échelon 11 et 12.

Horreur ! Apprenant ça, Razibuth soupira si fort qu’une fumerole bleutée s’échappa de ses naseaux.
Pour se faire bien voir et en espérant gagner en grade, nombreux furent ceux qui tentèrent leur chance. Le Conseil des démons supérieurs dût supporter un défilé d’idées plus absurdes les unes que les autres : démarcher les âmes au Paradis pour les faire revenir en Enfer, un plan comm’ auprès des vivants pour qu’ils refusent la place qui leur était offerte au Paradis, kidnapper un archange pour faire céder Dieu, acheter des âmes en exauçant des vœux sous forme de génie dans une lampe… Et pourquoi pas aller vendre des diablotins en caoutchouc et des boules à neige au pied de la Tour Eiffel tant qu’on y était !

Et en toile de fond, toujours et encore ces rengaines ! Un Enfer pour les démons. Une torture pour Razibuth. Malheur !
Les membres du Conseil n’en pouvaient plus, ils en arrivaient parfois à désintégrer d’un mouvement de l’ongle ceux qui venaient avec les idées les plus exaspérantes. Razibuth, lui, avait depuis un moment déjà opté pour des boules quiès – celles en cire fondaient, mais deux chewing-gums bien mâchés firent l’affaire : la chaleur les gardait ramollis juste ce qu’il fallait.
On aurait pu croire que les petits démons, en apprenant qu’ils risquaient d’être désintégrés, se seraient montrés moins enthousiastes. Or c’est à peine s’ils prenaient le temps de peser davantage l’intérêt de leur proposition avant de venir l’exprimer. Au contraire, ceux qui ne supportaient plus la musique se présentèrent, les yeux suintants à force d’insomnie, la face lacérée par leurs griffes, et proposèrent volontairement des idées incongrues, telles que proposer des séjours touristiques sadomasochistes aux âmes du Paradis ou aux vivants. Après le départ en fumée du troisième kamikaze, la nervosité aidant, un démon du 11ème échelon fut pris d’une crise de nerfs et demanda à être, lui aussi, réduit en fumée. Souhait aussitôt rejeté par son supérieur hiérarchique qui voyait enfin là une occasion de faire souffrir quelqu’un, comme au bon vieux temps.
Le Conseil prit conscience de la situation, ses membres s’efforcèrent de garder leurs ongles dans leurs poches et demandèrent quelques heures de repos. Quand ils reprirent les séances, un diablotin anonyme, amateur de science-fiction, proposa d’exporter le concept ailleurs. Il suffisait d’explorer les exo-planètes. Le péché n’était certainement pas une exclusivité des Terriens. Ailleurs, ils n’auraient pas la même concurrence, et l’on devait pouvoir découvrir des monstres de brutalité et de sadisme intéressants. Et surtout, Dieu n’avait parlé que des humains, et n’avait pas mentionné les créatures d’autres civilisations.
Quelles perspectives de renouveau pour les enfers !! s’exclama Lucifer quand le Conseil vint lui soumettre l’idée. Dans l’enthousiasme, il ordonna l’organisation immédiate d’une expédition hors du système solaire…

Mais ceci est une autre histoire…

 

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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 07:45

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
deuxième épisode

 

Plusieurs lieux furent envisagés. Parmi eux, Rome fut rejeté illico presto, pas question de s’approcher autant du Vatican, les deux camps étaient d’accord, même si l’argumentaire différait. Yalta fut refusé par Dieu qui gardait un trop mauvais souvenir de Staline. Versailles emporta d’abord les suffrages jusqu’à ce que quelqu’un fasse remarquer que le lieu était infesté de touristes. La conférence aurait lieu à Genève, ville sure et discrète.
Une banque ayant besoin de se refaire, crise oblige, leur loua une salle en fermant les yeux sur l’origine des fonds. Pas un poil de sourcil ne frissonna quand on leur annonça ce que l’on était prêt à payer pour avoir l’immeuble à disposition, vide de toute âme, à compter de 22h jusqu’au lendemain matin.
Conférence au sommet oblige, la plus haute salle de réunion du bâtiment fut choisie.
D’une part, les plaignants : Lucifer accompagné des démons supérieurs, jusqu’au 11ème échelon. Tous arboraient l’allure respectable de banquiers suisses : costumes trois pièces gris foncé, cravates discrètes. Mais leurs lunettes à fines montures ne dissimulaient pas complètement leurs yeux rouges flamboyants.
De l’autre : Dieu, resplendissant de lumière, assisté des archanges Michel et Gabriel et de Saint Pierre, porteur des clefs et responsable des entrées du Paradis. Dieu était venu investi de l’essence de tous les dieux vénérés de tous les temps vénérés : Osiris, Thor, Zeus, Vichnou, le Grand Manitou… Son imposante barbe neigeuse, étalée sur une longue tunique azur, irradiait.
Razibuth en était donc, et put admirer la table ronde. D’un côté crépitaient des étincelles rougeoyantes, en face flottaient des volutes de fumées bleutées. La zone de contact des deux fronts était le siège de nombreuses turbulences et distorsions de l’espace.
Une ritournelle flottait dans l’air parlant d’un oiseau, d’un enfant, d’une chèvre et d’autres animaux.  Saint Pierre, quotidiennement au contact des âmes humaines fraichement décédées, était imprégné de bribes de leur ancienne existence. Il chantonnait ainsi souvent le dernier titre à la mode, reconstitué à partir de furtives réminiscences de ceux qu’il accueillait.
A part des regards qui en disaient long, aucun geste déplacé ne fut constaté de part et d’autre de la table. Les conditions étaient réunies pour une discussion productive. Cependant, selon le langage diplomatique, la réunion fut sincère, amicale, et… brève.

Lucifer, refoulant sa fureur, envisageait d’exposer ses griefs d’un ton mesuré. Toutefois quelques tornades, un tsunami au Groenland et des éruptions volcaniques dantesques en Indonésie, au Japon et en Islande stupéfièrent des météorologues et des géologues qui n’avaient rien de prévu de tel.
Mais à peine Lucifer eut-il ouvert la bouche pour prendre la parole que Dieu l’interrompit d’une voix tonnante. Ses yeux lançaient des éclairs. Et à cette même seconde, des millions d’impact de foudre frappèrent partout sur Terre. Il déclara, parlant simultanément toutes les langues du monde, qu’il ne changerait pas d’avis. Il pardonnerait aux humains, un point c’est tout. Et les diables n’avaient pas intérêt à s’opposer à lui, sinon… sa voix s’enflait… sinon… elle s’amplifiait… sinon… Même les démons les plus endurcis en tremblèrent et battirent en retraite. Horreur, malheur !

La conférence était terminée. Satisfaits, les uns regagnèrent le Paradis, certes un peu surpeuplé. Les autres s’enfoncèrent dans les sombres entrailles des Enfers, et là ils commencèrent à réfléchir. Lucifer, pragmatique, annonça qu’il fallait oublier la honte de cette conférence avortée et aller de l’avant. Il fallait élaborer d’urgence un plan de secours.

Mais ceci est une autre histoire…

 

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 07:45

Le coin de l'invitée :

Une quête infernale par Shi May Mouty
premier épisode


Horreur, malheur. Razibuth ne supportait plus cette rengaine idiote. Lui, diable de 11ème échelon, diable depuis qu’il y avait des diables (cent mille ans, deux cent mille ans, peut-être plus encore) n’en pouvait plus.
Horreur, malheur, salsa du démon ! Il était là depuis qu’il y avait des hommes à expédier en Enfer, à embrocher pour les faire rôtir à petit ou grand feu selon la recette du jour. Il adorait son job et ne supportait plus, mais alors plus du tout, la moindre moquerie. Razibuth avait toujours été très susceptible au sujet de ses honorables fonctions, mais il y avait eu la crise, et surtout Lucifer s’était improvisé disc-jockey, horreur, malheur. Depuis, il n’encaissait plus rien.
La crise. On était pourtant habitué : crise financière, crise économique, crise de l’emploi, crise des vocations, crise de confiance. Mais sur son lieu de travail, on n’évoquait qu’à mi-voix la plus grave d’entre toutes : la crise de recrutement des damnés. 

Tout avait commencé lorsque, brutalement, plus aucune entrée n’avait été enregistrée aux Enfers. Pas un nouveau venu. Plus un damné non plus, tous partis.
C’était pourtant si jouissif de les voir, terrifiés à la vue des flammes, des fumées sulfureuses, des broches tournant sans fin, des immenses chaudrons bouillonnant d’huile rance. Terrorisés en apercevant tous ces diables, anciens et jeunes diablotins en train de danser une folle sarabande, de hurler, de faire claquer leur fouet, de brandir leur pique, de trépigner sur leurs pieds fourchus.
Tout cela s’était subitement terminé. A la place, le silence. Le vide.
La faute à qui ?
Pas aux juges de l’Enfer, les préposés à la condamnation éternelle. Eux ne souhaitaient qu’une seule chose : avoir le plus possible de clients.
Non, Dieu en personne avait décidé, un matin de printemps bucolique, alors qu’Il Se sentait totalement en harmonie avec Sa création, d’accorder Son pardon pour tous les péchés commis par les hommes, avec effet rétroactif. Il n’avait même pas consulté les archanges, qui depuis boudaient avec discrétion.
Donc, Dieu pardonnait. Tous les hommes allaient au paradis et Saint Pierre avait beaucoup de travail. Par contre, aux portes de l’Enfer, les diables n’avaient plus reçu ni les tueurs à gage, ni les assassins sans foi ni loi, ni les petits bandits des grands chemins, ni les massacreurs de peuples, ni les violeurs, étrangleurs, empoisonneurs, sadiques, bourreaux en tous genres.

Pour notre diable de 11ème échelon, un peu dépressif avant même le début de la crise, et pour ses collègues de travail, le chômage paraissait alors inéluctable. Que faire ? Se recycler à leur âge ?! Horreur !
Vu l’ampleur de la crise, Lucifer en personne était intervenu. Ange déchu, il avait gardé quelques contacts avec des gros bonnets du Paradis. Après quelques jours de négociations secrètes, une conférence de conciliation fut décidée.

Mais ceci est une autre histoire…

 

écrite pour les fanes de carottes

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 07:35

Cosmos argenté,
Le ciel est tout pailleté,
Espace étoilé.

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 07:11
Le coin de l'invitée :
La route du bonheur par Shi May Mouty

Elle roulait, conduisant mollement sa décapotable rouge sang. Le vent soulevait sa longue chevelure dorée moussant autour de son visage d’ange. De larges lunettes noires masquaient ses yeux pers et ses hautes pommettes délicieusement rosées. Ses lèvres pulpeuses s’entrouvraient de plaisir, dévoilant des dents nacrées comme des perles des îles lointaines.
Elle savourait le bonheur d’être seule en pleine campagne. Autour d’elle défilaient des forêts épaisses alternant avec des champs de blé encore verts. Puis la route devint plus sinueuse, traversant des prairies où des vaches noires  et blanches paissaient tranquillement. Des petits villages se blottissaient dans des vallons aux courbes moelleuses qui cachaient parfois des fermes opulentes aux toits d’ardoise gris bleu.
Comme Paris, son agitation, ses odeurs de gaz d’échappement, son vacarme incessant lui semblaient loin ! Elle en oubliait presque le studio, le film en cours de tournage, sa célébrité naissante accompagnée de la pression des journalistes et des fans qui assaillaient son domicile.
Ce matin, sans réfléchir, elle était partie pour cette escapade qui ressemblait fort à une fuite. Sur cette route, elle avait l’impression de revivre.
Au hasard, elle s’engagea sur une route étroite, encaissée, surplombée d’aubépines en fleurs et déboucha dans une vaste cour de ferme.
Elle s’arrêta, surprise.
Dans le silence qui remplaça le ronronnement du moteur, un chien roux aboya. Un homme s’avança vers elle.
En un instant, elle remarqua sa haute taille. Puis elle put voir ses cheveux noirs bouclés comme ceux d’un prince oriental, ses yeux doux d’un gris pâle tranchant avec son visage hâlé, et sa bouche tendre au sourire timide.
Elle sortit du véhicule et alla vers lui, la main tendue, offerte. Ils se regardaient, éblouis. Saisis soudain d’une émotion intense.
« Comme cet endroit est charmant ! Comment s’appelle-t-il ?
- La ferme des Prés Verts.
- Comme c’est joli !
- Voulez-vous quelque chose ? Avez-vous soif ?
- Oh, oui ! Je voudrais bien un verre d’eau fraîche. »
Il la fit entrer dans une cuisine au plafond bas. Le centre de la pièce était occupé par une grande table de bois sombre, bordée de deux bancs. Il l’invita à s’asseoir, et prit dans un haut vaisselier une cruche de grès bleu qu’il emplit d’eau.
« C’est de l’eau de notre source. Elle est potable, les analyses l’ont prouvé ! ».
Le rose lui monta aux joues. Il emplit deux verres. Il se sentait un peu bête d’avoir précisé que l’eau avait été analysée. Comme s’il devait justifier son existence à la campagne.
Alors qu’il allait et venait, elle ne le quittait pas du regard. Elle ne remarqua cependant pas son trouble, elle admirait sa silhouette puissante, la comparant à celle de ses amis parisiens. Ces comédiens étaient frêles comme des allumettes, et toujours habillés à la mode. Ils étaient préoccupés avant tout par leur apparence et le dernier régime en vogue.
Il s’assit sur le banc, face à elle. Il avait du mal à détourner ses yeux de son visage. Et quand il le faisait, c’était pour les poser sur ses épaules à demi nues. Elle était si belle. Au-delà de tout ce qu’il aurait pu rêver. Une de ces femmes qu’on ne voit que sur papier glacé dans des magazines ou à la télévision.
Ils burent en silence tandis que leurs regards s’aimantaient. Mais le contact était toujours fugace ; troublés, leurs yeux s’égaraient vers la fenêtre, vers l’évier, ou un coin sombre de la pièce.
« Elle est bonne, si fraîche. Comme c’est agréable, ici.
- Oui » murmura-t-il. Il avait la gorge serrée. Il était comme paralysé. Bouleversé, il ne savait plus quoi dire.
Elle tendit la main vers la cruche. Une main si menue, si frêle.
Au même instant, il tendit la sienne. Large et calleuse.
Leurs doigts s’effleurèrent, ils sursautèrent, gênés. Il rougit.
« Pardon », dirent-ils dans le même souffle.
Par la porte ouverte, ils entendirent le coq chanter dans la cour. Une petite brise fit frissonner les rideaux. Une de ses mèches de cheveux glissa sur son front. Ils étaient comme fascinés, à l’extérieur du monde, hors du temps. Plongés dans une sorte de délice inconnu. Elle chuchota pour ne pas troubler la paix de cet instant :
« Je ne sais plus où je suis. »
Puis réalisant que sa phrase était ambiguë, elle ajouta :
« Je me suis égarée.
- Où alliez-vous ?
- A Paris. »
Il soupira, et son regard se voila.
« Aah, Paris… vous allez à Paris.
- J’y retourne, en fait. Je faisais juste une promenade. C’est là que je travaille.
- Moi, c’est ici. Mes champs, mes prés, mes vaches…
- Comme c’est paisible, ici.
- Je ne pourrai pas vivre ailleurs », dit-il en baissant les yeux.
Elle soupira à son tour. Et elle ? Où pourrait-elle vivre ? Elle avait besoin de ses amis, des fêtes, des sorties au théâtre ou au cinéma. Besoin aussi du succès et du luxe. Elle voyait soudain avec un regard neuf la pièce vieillotte, peu confortable, les meubles mal assortis, la cuisinière à gaz posée devant la vaste cheminée ancienne. Là bas, l’évier était grisâtre ; ici des bottes laissées près de la porte, sur un dossier de chaise le gilet d’une femme, et dans un coin quelques jouets d’enfant épars. Elle sentit les odeurs de fumier venant de la cour et des étables.
Elle fit une moue, un geste brusque en posant son verre. Il releva les yeux, la lumière éclairait maintenant différemment son visage. Il voyait son maquillage raffiné, ce fond de teint qui masquait les imperfections de son visage. Sa coiffure trop sophistiquée, sa blondeur artificielle, ses vêtements si élégants  ; elle semblait venir d’une autre planète.
Ils détournèrent leurs regards meurtris, et pourtant ils éprouvaient encore un trouble qu’ils ne comprenaient pas.
« Je dois partir.
- Oui. »
Il pensa : « Revenez. »
Dans la cour, le petit chien jappa. Elle monta dans sa voiture et partit, sans un regard en arrière. Pourtant, tous deux longtemps pensèrent à cette journée de printemps. C’était comme un doux rêve. 

***
Ce texte répond à l'appel parfumé "Eau de rose" pour les fanes de carottes.
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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 07:57
Dans le cadre des fanesdecarottes, il fallait détourner des images de film dans le thème "Les carottes de la peur".

Carose

PsychoseCarotte2


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En hommage au film Psychose d'Alfred Hitchcock (1960)

 

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Les Carseaux

OiseauxCarottes

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En hommage au film Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock (1963)

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 07:46
Le coin de l'invité :

L’avis d’un enfant d’Ecosse par Jean-Lin Fatty


Depuis que je suis né, je surveille mes gigantesques gardiens.
Nous vivons dans une jolie et douillette maison verte, avec mes frères, bien alignés, bien nourris. Je peux voir, pas très loin de la nôtre, d’autres maisons vertes presque identiques.
J’ai passé là toute mon enfance. Pas grand chose d’autre à faire que de grandir, immobile, enfermé comme je le suis depuis toujours. Pas grand chose d’autre à faire que de les observer.
Ils sont deux. Leurs voix sont rocailleuses, leurs gestes lents. L’un et l’autre se traînent et s’occupent de nous à sa manière.
Elle l’appelle « Robaireux ».
Lui, ne l’appelle pas. Il ne l’appelle plus. Il l’a appelée, autrefois, peut-être… A mon avis, c’est une vraie histoire d’amour ! Devant ses copains, tous aussi immenses que lui, il dit parfois « la Vieille ». Mais seulement à partir du 6 ou 7ème apéro au soleil sur la terrasse.

Jusqu’à ce jour, ma vie a été finalement très tranquille. Mes frères se moquent un peu car je philosophe et j’observe. Selon eux, je donne trop souvent mon avis. Mais je n’en ai que faire. J’ai, comme eux, gentiment prospéré sur maman. A part une frayeur ou deux, rien de particulier…
Un jour, un lapin évadé du clapier a failli abréger ma courte existence. Mais Robaireux est intervenu vigoureusement pour rattraper le fuyard et lui faire réintégrer sa cage sans ménagement. Quelques jours plus tard, le fugitif a été suspendu à un clou, déshabillé et coupé en morceaux. Je ne l’ai jamais revu.
Un autre jour, une bête volante a tourné longtemps au-dessus de notre gîte. A mon avis, le Robaireux déguenillé en paille et en bois qui est planté un peu plus loin lui a fait comprendre qu’il ne fallait pas se risquer dans les parages.

Mais, ce matin, c’est le grand remue-ménage. La Vieille a éructé : « A midi, c’est chipolata au lard ! » Robaireux a haussé les épaules, fait : « Pfff ! » et s’est mis en branle. Lentement, il s’est hâté de se rapprocher de ma maison, un panier sous le bras.
Méthodiquement, il a ratissé toutes les petites maisons vertes du voisinage. Bientôt, ce fut le tour de la mienne. Quel tremblement de terre ! Et avec ça, jeté dans le panier, sans précaution, du haut de son mètre soixante. Quelle hécatombe ! Quel chambardement ! J’ai failli en être tout cabossé. Mon frère de droite a subi des dégâts. Il est tout griffé. Et tout ému. A mon avis, le manque d’habitude…
A mon avis, c’est pour se faire pardonner qu’il nous berce maintenant gentiment, à son bras, dans les allées du jardin. Il déverse délicatement le contenu du panier, devant la Vieille, sur la table de la cuisine. Elle le remercie par une phrase d’encouragement : « Y a que ça ! ».

De la table où je suis étendu, je la vois : elle s’est attelée à briser toutes les petites maisons vertes, expulsant les habitants d’un doigt autoritaire, les faisant tomber dans un bol transparent. Les maisons vides sont jetées dans le panier vide qui se remplit…
Je ne vous raconte pas le dérangement quand est venu le tour de ma maisonnée. Je n’ai jamais revu mon frère de gauche. Par contre, j’ai fait la connaissance du frère de mon frère qui logeait à un étage supérieur au mien. Un type sympa que j’espère revoir un jour. Par contre, un voisin de rue m’a bien déçu. A mon avis, c’est un gars avec la tête de l’emploi, le contenu valant le contenant.
Je me demande ce que La Vieille mijote maintenant. Elle a réclamé un « fêtou » à Robaireux et depuis, nous tournant le dos, elle gesticule face à un grand instrument qui rayonne de la chaleur, pire que le soleil, et agite deux ustensiles métalliques, dont le fameux « fêtou » (Je me demande si nous n’allons pas passer à la casserole).
Dans les cris et hurlements de mes congénères effrayés, je glisse du bol vers le fêtou. C’est parti pour un bain d’eau bouillante. Je n’ai jamais eu aussi chaud. Je me sens devenir tout ramollo, même tout ramolli. Plusieurs de mes frères se sont bien éclatés. J’ai honte pour eux. Ce n’est pas très poli d’exposer ainsi ses entrailles à la vue de n’importe quel quidam ! En deux temps trois mouvements, c’est cuit, et nous sommes sortis de l’eau par un ustensile troué.
La Vieille nous transporte dans les airs. Ceux qui en sont encore capables gémissent. Avec mes camarades tremblants, je me retrouve dans l’assiette de Robaireux. A mon avis, ce n’est pas juste pour nous regarder qu’on nous a mis là…

Maintenant est venu le supplice de la fourche. Après avoir réussi à m’échapper à plusieurs reprises, je me trouve coincé entre un bout de lard et un bout de pain. Pas moyen d’y échapper. La fourche m’enfourne dans la grande bouche de Robaireux.
Quand j’écris « bouche », c’est par pure courtoisie, c’est un enfer, pavé de solides tours d’émail jaunâtre, pour celles qui restent et de splendides chicots pour celles qui ont mal survécu. Gare à celui qui s’égare dans une carie. A mon avis, pour celui qui y est pris, le séjour durera jusqu’à complète macération. Quelle odeur infecte, ce mélange de chairs de mes frères, des saucisses, du lard, ces vieux relents des veilles des veilles.
Passage presque obligatoire au broyage, concassage, délayage. J’échappe de peu à la dernière paire de meules du fond. Une grosse pelleteuse rouge me pousse dans un puits sans fond. Erreur, il y en a un ! Par miracle, je suis encore indemne. Une énorme rasade de vin rouge bon marché vient noyer tous mes espoirs, ainsi que les chagrins de Robaireux. Je flotte dans les liquides alcoolisés accumulés depuis le réveil. Je bois la tasse. Coma éthylique… A mon av…
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