Les hommes et les femmes dans les livres...
Les pensées du chauffeur de taxi Sorjonen :
"En un certain sens les humains, ceux de sexe masculin en tout cas, étaient comparables à des véhicules d'occasion. On pouvait reconnaitre le modèle et évaluer le kilomètrage. Un observateur averti était capable de dire si les amortisseurs étaient encore bons, si l'embrayage patinait, si les cylindres étaient usés. Les
hommes étaient comme des poids lourds : les vieux comme de vieux camions et les jeunes comme des camions neufs. Mais il y en avait aussi qui ressemblaient plutôt à des mobylettes ou
à des scooters des mers.
Les femmes, elles, à supposer qu'on puisse les comparer à des véhicules, étaient comme des voitures. Une femme jeune et jolie était une décapotable aux lignes fluides, mais si elle pratiquait
avec trop d'ardeurs la circulation nocturne, la carrosserie ne resistait pas : elle se couvrait de bosselures, la peinture s'écaillait, les becquets rouillaient. Un jour ou l'autre,
pendant une marche arrière, un feu arrière se brisait et ça ne valait pas le coup de le changer.
Il y avait aussi des voitures féminines qui ne vieillissaient jamais et restaient intemporelles année après année, tout au long de l'histoire de l'automobile. On les bichonnait avec amour et
leurs formes suscitaient encore l'intérêt alors que les camions les plus robustes étaient partis à la casse depuis longtemps. Les héroiques mères de famille nombreuses, quant à elles, étaient des
autobus parfaitement fiables, toujours à l'heure, qui ne laissaient jamais personne sur le bas-coté."