Des livres, des films, des photos, des dessins, des nouvelles, et même un peu de cuisine et de musique... avec de la science-fiction.
Texte créé pour les fanes de carottes, le blogzine de (science) fiction :
Le Vide, mode d’emploi
Le néant.
Et soudain Cela fut. Instantanément, par le lien de cause à effet, son existence fit surgir le temps. Et le temps fut là pour faire sentir à Cela son existence. Conscience immatérielle évanescente flottant dans le vide et le néant.
Et le temps commença à s’égrainer furieusement, instants après instants. Et le silence s’installa.
Il s’écoula ainsi un très long temps avant que Cela ne commence à ressentir. Quand les sensations vinrent, ce fut un besoin qui se présenta en premier. Cela avait besoin de quelque chose.
Cela se concentra pour y faire face. Cela rassembla d’abord son énergie. Puis Cela attira l’énergie résiduelle de son environnement. Cela se concentra si bien que soudain Cela fut matériel.
L’énergie se condensa en matière pensante. Condensat de particules.
Une minuscule sphère dans le rien, le vide et le néant.
Et l’énergie s’étendit pour combler la place vacante. Et l’immobilité reprit ses droits.
Il s’écoula ainsi un long temps avant que Cela ne commence à nouveau à ressentir un manque.
Cela s’efforça d’identifier plus précisément ce qui lui manquait. Puis, dans un trait de pensée, apparut une surface plane.
Un parallélépipède, pas bien épais, mais vaste, et une petite sphère la survolant dans l’immensité, le rien, le vide et le néant.
Et la matière s’agrégea avec de petits craquements, inventant pour l’occasion des forces de cohésion nouvelles, pour ne pas se déliter face à l’appel du vide. Et le calme s’installa à nouveau.
Il s’écoula ainsi un certain temps avant que Cela ne commence à ressentir une lassitude. Cela se lassait de parcourir cette surface intensément lisse et monotone.
Cela modela alors des aspérités, creux et bosses, petits et gros éléments indépendants de formes variées.
Des rochers et des cailloux sur une grande surface, et une sphère errante dans l’espace, l’immensité, le rien, le vide et le néant.
Et les grains les plus fins roulèrent et vinrent se loger avec de petits crissements entre les interstices laissés libres. Et l’attente revint prendre sa place.
Il s’écoula ainsi un temps avant que Cela ne commence à ressentir un ennui. Cela s’ennuyait sur cette surface désespérément stérile et monochrome.
Cela se sentit alors pousser des envies de bourgeonnements de couleurs, et une sorte de végétation se mit à croitre de manière exubérante. Cela relâcha sa concentration. Et l’explosion florale
multicolore s’interrompit, comme figée.
Un jardin suspendu dans l’espace et le temps, parcouru par une sphère, dans le cosmos, l’espace, l’immensité, le rien, le vide et le néant.
Quelques tiges contraintes se redressèrent générant de légères secousses de la toison végétative et se maintinrent dans cette nouvelle position plus confortable. Et l’expectation fut à nouveau présente.
Il s’écoula ainsi un moment avant que Cela ne commence à ressentir une déception. Cela était déçu car ces couleurs n’apportaient pas l’animation tant espérée.
Cela eût alors envie de vie. Cette fois, Cela ne voulait pas agir dans la précipitation. Cela prit le temps d’assembler ses souhaits pour former un tout idéal. Et au fil de ses pensées de plus en
plus exigeantes, une amibe, un protoplasme, un agencement multicellulaire de plus en plus complexe se développa pour former une sphère vivante qui bientôt fut dotée, comme Cela, de conscience.
Cela continua à améliorer sa créature par rapport au résultat obtenu pour lui-même. Cela lui donna la parole, la vue, le toucher, l’odorat et des membres préhensiles.
Et Ceci commença à s’agiter en tous sens, ramassa des cailloux, les projeta par dessus bord, arracha une partie de la végétation qui ne sentait pas assez bon, n’avait pas la bonne couleur, se mit
à poser plein de questions à Cela sur le pourquoi et le comment de son existence.
Un terrain dévasté sur lequel gesticulait et vociférait un petit être bipède, surplombé par une sphère dans l’univers, le cosmos, l’espace, l’immensité, le rien, le vide et le néant.
Il s’écoula ainsi un bref instant avant que Cela ne commence à ressentir un agacement. Cela était hautement agacé et frustré par le résultat obtenu après tant d’efforts.
Tout disparut dans un discret plop ! La matière redevint énergie, seul subsista Cela.
L’énergie fut portée par des photons. Et une gigantesque onde électromagnétique se propagea à travers l’espace. A des années-lumière de là, elle créerait un phénomène appelé Big Bang par des
entités velues qui apparaitraient bien bien plus tard encore.
Lorsque l’onde le percuta, Cela perçut une phrase restée en suspens, comme un écho étrange, « Dessine-moi un mouton ».
Il s’écoula ainsi un infime instant avant que Cela ne commence à ressentir un léger malaise. Qu’est-ce que dessiner ? Qu’est-ce qu’un mouton ? Et Cela se sentit alors très seul avec un grand vide
en lui et l’impression d’avoir manqué quelque chose. Dans une inspiration subite, Cela fit une tentative, la dernière. Et Cela créa une seconde conscience sphérique, identique à lui même, quoique
plus moelleuse.
Et soudain Celle fut. Un mouton muet qui suivrait Cela en lui tenant compagnie dans les champs électromagnétiques qui ondulent dans l’univers, le cosmos, l’espace, l’immensité, le rien, le vide
et le néant.