Des livres, des films, des photos, des dessins, des nouvelles, et même un peu de cuisine et de musique... avec de la science-fiction.
Texte créé pour les fanes de carottes, le blogzine de (science) fiction :
Princesse et petits pois
Episode 1
C’était bien évidemment un somptueux château. Mais pour celui qui n’en connaissait pas la richesse intérieure, il ne payait pas de mine. Non seulement sa géométrie était relativement banale, immense parallélépipède de bâtiments blancs enserrant une cour, mais il possédait de plus les attributs traditionnels de tout bon château qui se respecte. Juché sur une proéminence rocheuse, l’un de ses flancs se terminant par un à-pic surplombant une vallée fluviale. Il était doté de créneaux et de meurtrières, comme tout bon château se doit de l’être.
Tout voyageur, transitant à l’extérieur de l’édifice, ne rencontrait que la froideur des pierres brutes. Les façades ne laissaient pas de place aux fioritures et semblaient dire « passe ton
chemin, manant ».
Cependant, même sans être un très bon observateur, chacun pouvait remarquer, rompant avec la cubique allure de l’ensemble, une tour qui pointait fièrement vers le ciel son toit coiffé d’un heaume
de tuiles en schiste bleu.
Cette petite virgule stylistique laissait présager bien des beautés à l’intérieur du château.
Justement, à propos de l’intérieur, pour ne pas déroger à la règle, ce château était habité par un puissant seigneur et sa famille.
L’homme était respecté par ceux qui vivaient sur ses terres. Depuis de nombreuses années, il ne percevait plus l’impôt et avait libéré les serfs qui vivaient sur sa seigneurie. Il avait rompu
tout contact avec les seigneurs voisins afin de ne plus avoir à recruter parmi son peuple des soldats pour mener de vains combats avec ou contre d’autres seigneurs.
A l’inverse, il avait exigé que son peuple s’organise de lui-même pour sa défense en cas d’invasion. Il avait pour cela laissé de grandes libertés à son fidèle maître des armées. Mais ceux qui
vivaient dans la seigneurie avaient rarement recours aux armes : le peuple étant libre, et sa nourriture n’étant pas ponctionnée pour l’impôt, il était vigoureux. Et ce simple fait décourageait
souvent très vite ceux qui tentaient d’envahir la seigneurie. Mais s’il en était pour s’y essayer, ce téméraire constatait, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’ardeur au combat de ce
peuple, avide de défendre sa liberté, et tournait bien vite casaque face à l’hécatombe dans ses rangs.
Son épouse était adorée comme une reine par les paysans de la seigneurie. Tous étaient subjugués et intrigués par son profond regard bleu, où se mêlaient mélancolie et ennui.
Le seigneur et sa dame avaient l’un pour l’autre une grande tendresse. Ils avaient une fille, bientôt en âge de se marier. Tous se souvenaient de ses rires et de ses cris s’échappant par dessus
des murs du château quand elle jouait dans la cour, étant enfant.
Là n’étaient pas les seules beautés à découvrir. Le château recelait bien d’autres charmes. Et en effet, toute personne que l’aspect extérieur n’aurait pas rebuté et qui passerait la porte
découvrirait alors une cour intérieure débordante de vie et de couleurs, et en avançant dans les pièces du château elles-mêmes, meubles et tentures de grande valeur.
Tout était parfait…
à suivre...