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Princesse et petits pois
Episode 4
Il débarqua sans tambours ni trompettes dans le village qui jouxtait le château. C’était bel et bien un prince, venu d’un royaume lointain. Mais pour changer, celui-ci était intelligent et pas seulement charmant. A chacun ses muscles…
Il avait pris le temps de compter ceux qui partaient, d’analyser leur caractère et leur approche. Ceux qui n’avaient que les mots « sang » et « tuer » à la bouche avaient disparu dans la
seigneurie. Il se renseigna alors sur ceux qui revinrent, parcourut de longues distances pour les rencontrer et écouta ce qu’ils racontaient. De toute évidence, ils s’étaient fait mener en
bateau.
C’est ainsi qu’il décida de venir à plusieurs reprises dans le village. Pour passer inaperçu, il se fit passer pour un marchand de gravures, d’icônes et de petits objets sculptés qu’il prétendait venus de pays lointains, mais qu’en fait il réalisait le soir durant ses voyages.
Chaque fois, il séjournait là quelques jours. Chaque fois, il s’arrangea pour être présent alors que devait venir un autre prétendant. Installé à la taverne ou d’autres endroits clefs du village,
il a vu les brutaux disparaître et il a écouté les naïfs au bon cœur se faire embobiner.
Il avait le temps. D’après ses calculs, la belle fleur avait le même âge que lui ; et ce serait toujours le cas dans quelques années. Et s’il échouait, si la belle ne l’était pas, alors tant pis,
des filles qui voulaient épouser un prince, il y en avait tellement… Alors pourquoi se presser ?
Pendant plusieurs mois, plus d’un an en tout cas, il répéta ses visites au village, jusqu’à se faire appeler par son prénom et passer pour un habitué à la taverne. Dans ses habits de paysan, avec
ses bibelots pathétiques, personne ne se méfia.
Lorsqu’il annonça qu’il s’installait au village pour profiter du droit local, il fut chaleureusement accueilli. Il se logea dans une chambrette d’une demeure du village... stratégiquement choisie
puisqu’il vécut ainsi sous le même toit qu’un couple qui avait été des domestiques au château.
Il se rendait utile pour ces vieilles personnes, et leur ramenait tous les ragots de la taverne et aussi des régions environnantes lorsqu’il revenait de ses voyages pour les amadouer. Un jour où
il buvait avec eux quelqu’alcool qu’il leur avait offert, leurs langues se délièrent enfin : « Oh, oui, c’était bien un grand mystère. Leur si bon seigneur et sa famille qui s’étaient
enfermés petit à petit. Et ils avaient libéré leurs vassaux et avaient aboli les impôts. La nièce a été la nourrice du bébé. Non, aucune déformation, vous pensez donc. Une enfant si belle, si
joyeuse. Un rire cristallin qui émouvait tous ceux qui avaient pu l’entendre de l’autre côté des murs du château quand elle jouait dehors avec ses parents. Mais quel malheur, elle doit être une
si belle jeune fille maintenant. Et nous ne l’avons jamais revue. Oh, oui, elle est toujours bien vivante. Parfois quand le vent va dans la bonne direction, nous l’entendons chanter, pas bien
fort, pas assez pour comprendre. Et sa mère aussi. On les distingue bien, sa mère a une voix plus grave. Le père, on ne l’entend plus beaucoup. Parfois il grondait doucement sa fille, mais elle
est grande maintenant, il n’a plus à la gronder. Quel malheur, en effet… Mais parlons d’autre chose, vous savez, il ne faut pas, et surtout personne ne sait… »
Cet alcool eut les effets escomptés ! Mais il allait falloir recommencer pour en savoir plus, non pas sur la jeune fille, mais sur le château en lui-même, et ce serait moins simple, plus long et
nécessiterait plus d’une bouteille d’alcool.
à suivre...