Des livres, des films, des photos, des dessins, des nouvelles, et même un peu de cuisine et de musique... avec de la science-fiction.
"Le peintre Jargel de Lourche, dans le troisième volume de son oeuvre théorique Dissertation Morale sur les couleurs, ne mentionne pas moins de six cent nuances de vert auxquelles il donne des noms fleuris et poétiques, précisant que, de toutes les couleurs, c'est celle dont Dieu a usé avec le plus de variété pour peindre le réel. Et il achève l'ouvrage sur ces mots: "Je ne saurais affirmer à quel vert revient le simple nom de vert, mais il ne s'agit pour moi ni du vert primatoire, ni du vert émeraude, ni du jade cadavérique, ni du vert sénestre dont abuse Berge-le-vieux dans ses enluminures. Il y a toutefois un vert que mes yeux n'ont contemplé qu'à une unique occasion et qui a frappé mes sens, qui a tout entier saisi mon esprit: le vert des Brolhs. Jamais je n'ai trouvé l'alchimie des pigments pour en imiter l'éclat. Oui, je crois que le vert des Brolhs est exactement le vert originel que Dieu déclina sur son nuancier."
Thopasion, qui n'a pas le verbe du célèbre barbouilleur de Lourche, se contente de dire, et de répéter: "Pour sûr, c'est vert... vert de vert... j'avais jamais vu autant de vert de toute ma vie..."
Les passagers du Bruchedos surplombent les Brolhs, et ce qu'ils découvrent prend leur imagination à rebrousse-poil. Tous s'attendaient à un ignoble marigot couvert de brumes, une vasière malodorante où prospèrent des fièvres, mais il n'en est rien. C'est une prairie, immense, délicieuse de fraîcheur printanière, brillante de rosée, un pâturage de la taille d'un océan que veinent des sentiers liquides, que festonnent ds haies serpentines, qu'agrémentent des bosquets qui étirent de longues tiges arquées formant des venelles végétales à l'ombre desquelles on s'imagine aisément flâner. Où est l'épouvante? Où est l'effrayant grouillement des bestèles empoisonnées? Le Paraclin, cet au-delà dont les bons tripliciens croient avoir la clé, ne doit pas être meilleur.
- C'est magnifique, soupire Gamboisine.
- Oui, magnifique, et c'est là le premier piège des Brolhs, la contredit Ostre."
Extrait de "Les nuits vénéneuses", Jérôme Noirez.
Et voici le dessin fait pour cette occasion :

Vous pouvez le retrouver ici, avec les autres contributions.