Le soldat en permission, de retour des tranchées, est chez lui dans sa chambre et contemple ses livres.
"C'est dans cette chambre que j'ai vécu avant de devenir soldat. Ces livres je les ai acheté peu à peu avec l'argent que je gagnais en donnant des leçons.
Beaucoup sont des livres d'occasion. Tous les classiques [...]. Je les ai lu avec un zèle loyal, mai sla plupart ne m'enchantaient pas. Je m'attachais d'autant plus aux autres livres, les
modernes, qui naturellement aussi étaient beaucoup plus chers. [...]
Je voudrais comme autrefois, lorsque je me mettais devant mes livres, éprouver encore cette attraction silencieuse, ce sentiment d'attachement puissant et
inexprimable. Je voudrais que le vent des désirs qui montait jadis des dos multicolores de ces livres m'enveloppât de nouveau, je voudrais qu'il fît fondre le pesant bloc de plomb inerte qu'il y
a en moi quelque part pour réveiller en mon être cette impatience del'avenir, cette joie ailée que me donnait le monde des pensées. Je voudrais qu'il me rapportât le zèle perdu de ma
jeunesse."