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Robots
V - Conclusion :
Quand les hommes traitent les robots comme des objets
Comme nous l’avons vu, de nombreux travaux des chercheurs tendent à donner un aspect humain et des actes humanisés aux robots. Au Japon, un pays où la population âgée est importante, le but de nombreux robots est de tenir compagnie et de venir en aide aux personnes âgées. Par ailleurs, Repliee [1], qui peut être employée pour faire des conférences ou de l’accueil, semble tellement humaine que les gens mettent un certain temps pour réaliser qu’il s’agit d’un robot qui s’exprime. De même, Aïbo [2] de Sony est programmé de manière à remplacer un chien dans une famille.
On peut alors s’interroger pour déterminer dans quelle mesure ils peuvent être considérés comme des objets. La Science-Fiction aborde d’ailleurs très souvent ce thème comme dans le film « I, Robot » (adapté d’une nouvelle d’Isaac Asimov) qui porte une réflexion sur l’humanité du robot « Sony » qui a un libre-arbitre et est unique.
Ces interrogations se placent parfois du point de vue des robots, comme dans la nouvelle « L’Homme Bicentenaire » (1976), également d’Isaac Asimov et adaptée au cinéma par Chris Colombus (1999). Elle met en scène Andrew, un androïde qui suite à un disfonctionnement développe des émotions et veut être reconnu comme humain.
De même, dans le film « A.I. » de Steven Spielberg (2001), l’enfant robot, David, est programmé pour donner un amour sans limites à ses parents adoptifs et n’a pas conscience qu’il n’est pas un vrai enfant. Les parents, à l’opposé, malgré l’affection qu’ils lui portent conservent en tête le fait qu’il est une machine.
Mais il arrive également que cette question soit un fait de société. Ainsi, dans les nouvelles du cycle de la « Culture » d’Iain Banks, la société à tendance anarchique nommée « La Culture » possède un degré de tolérance extrêmement élevé. Elle se compose aussi bien d’humains, d’extra-terrestres, que de machines tels des robots dotés d’intelligence appelés drones et des supercalculateurs appelé mentaux. Les intelligences artificielles mécaniques ont exactement le même statut social que les êtres organiques. Ailleurs, dans l’univers d’autres civilisations plus rigides sont en général moins tolérantes envers les machines.
De même, dans « Blade Runner », le roman de P. K. Dick, ou le film éponyme, certaines personnes militent pour que les réplicants aient les mêmes droits que les êtres humains. Rick Deckard démissionne de la Police car il considère le nouveau modèle, le Nexus 3, trop humain pour être considéré comme un objet. Or, les robots étant bannis de la Terre, c’est le rôle des policiers de les démasquer et de les abattre. Sur d’autres planètes où ils sont autorisés, d’autres désapprouvent le fait que les robots soient traités comme des sortes d’esclaves de caste inférieure. A l’inverse, généralement, les notables (hommes politiques) et les journalistes les décrivent comme des objets.
La même idée du robot reclus dans certaines zones se retrouve dans la version d’Ozamu Tezuka de « Métropolis » : les robots qui quittent la zone sous-terraine vers laquelle ils sont attitrés sont abattus. Etonnant parallèle, dans le « Métropolis » de Fritz Lang, ce ne sont pas des robots mais des ouvriers humains qui sont parqués dans les zones inférieures de la ville.
C’est d’ailleurs sans doute par rapport à la question du travail que les robots interrogent le plus notre société. Le mot même robot, inventé par l’écrivain, journaliste et dramaturge Karel Capek à partir du mot tchèque robota, signifie dur labeur ou corvée. Si la robotique s’est développée d’abord aux Etats-Unis, son essor y a été stoppé par l’action des syndicats, qui se sont opposés à l’automatisation des procédés de production. De même, dans « Blade Runner » dans certaines usines, les syndicats s’opposent au remplacement des humains par des machines. Au Japon, en revanche, la faiblesse des syndicats a permis le développement de la robotique ce, dans un contexte particulier : celui de la fin de la Seconde Guerre mondiale, où la relance de l’industrie japonaise était grevée par le manque de main-d’œuvre.
Les robots sont déjà très présents dans notre quotidien où ils effectuent les tâches les plus répétitives et les plus dangereuses, souvent sans que nous y prêtions attention (par exemple, l’ouverture automatique des portes). Ils devraient, d’ici une dizaine d’années, accomplir toute une série de « tâches plus mécaniques et plus laborieuses : le nettoyage des rues et des immeubles, l’assistance domestique, le soin aux personnes âgées. Ils seront également très présents dans les interventions à haut risque comme celles de lutte contre le bioterrorisme, la manipulation de substances toxiques, les tâches environnementales. Les robots iront surtout là où l’homme ne doit pas aller : dans les régions extrêmes, pour l’exploration spatiale et sous-marine. » [3]
En ce sens, l’automatisation de la société constitue une solution pour nous libérer de ces tâches répétitives, ingrates et faussement garantes de notre indépendance et de notre autonomie. Pour autant, en dotant les robots d'émotions humaines, ne risque-t-on pas de voir se réaliser le scénario imaginé en 1921 par Karel Capek, dans sa pièce « RUR (Rossum’s Universal Robots) » : les robots, fabriqués par l’homme pour accomplir les tâches les plus pénibles, ne finiront-ils pas se rebeller contre leur créateur ? A moins que le message de Capek ne soit adressé à nous, humains ?
Et traiter les robots comme des hommes a certaines limites. Comment statueraient des juges s’ils avaient à juger l’ordinateur HAL de « 2001, l’Odyssée de l’Espace » pour l'assassinat de l'astronaute Frank Poole ? Ils auraient à statuer sur l'aptitude d'une machine consciente à prendre des décisions, et devraient définir sa responsabilité pénale. Inversement, si HAL est jugé conscient de ses actes, Dave Bowman devrait-il être jugé pour l’avoir débranché ? Cela pourrait-il être considéré comme de la légitime défense ?
(réalisé pour les fanes de carottes en collaboration avec Llo et stellasabbat)
[2] http://support.sony-europe.com/aibo/index.asp?language=fr
[3] Kazuhito Yokoi, co-directeur du laboratoire franco-japonais de robotique de Tsukuba, cité in « Hommes et machines doivent apprendre à se comprendre », Publico, Madrid, article repris dans le supplément technologies de Courrier International, n° 941, 13-19 novembre 2008, p. III.